Au salon de 1877, Julien Le Blant expose une toile qui met
en scène des buveurs étudiés dans une guinguette près des Invalides. Cette
toile, disparue à notre connaissance, est connue grâce à cette unique gravure. On
y voit quelques soldats s’adonner à un jeu d’adresse appelé Jeu de Tonneau
ou aussi Jeu de la Grenouille, qui fut de tout temps pratiqué par les
guerriers. Il consiste à lancer huit palets dans les orifices d’un support
placé à trois mètres après avoir estimé son résultat.
Pratiqué en Grèce antique sous le nom de “casse pot”, le jeu
se jouait avec des amphores dans lesquelles on lançait des cailloux plats. Les
Romains, après avoir envahi la Grèce, l’importèrent à Rome où il fit un
véritable succès. Les Vikings, après leurs expéditions en Méditerranée,
ramenèrent le principe du jeu en Neustrie, notre Normandie actuelle. De cette
province, où le bon cidre était déjà stocké dans des tonneaux et non plus dans
des amphores comme les vins méditerranéens, ils changèrent le nom pour
s’appeler Le jeu de tonneau.
Remis à la mode sous Louis XIV sous le nom de Jeu de
Grecque, il accompagna les troupes françaises dans leurs campagnes. Des
gravures datant de la Révolution, de l’époque napoléonienne, de la Commune
ainsi que des photos du débarquement au Jour-J de Normandie, nous le montrent
trônant au milieu des troupes.
Le Jeu de la Grenouille ou Putpeck faisait
surtout partie des amusements offerts par les estaminets du nord de la France
et des guinguettes des environs de Paris, immortalisé en chanson sous La
grenouille du jeu de tonneau par Léon-Paul Fargue sur une musique d’Alfred
Erik Leslie Satie tirée des Trois Mélodies de 1916.
A la fin du XIXème siècle, ce jeu deviendra très populaire
et la tirelire sera remplacée par une grenouille la gueule ouverte ou, parfois
dans les fêtes foraines, une tête grotesque reproduisant les traits d’un homme
politique peu aimé.
Le jeu existe également en Amérique du Sud sous le nom de Sapo.
Le nombre des blessés militaires
français durant la première guerre mondiale peut être estimé à plus de 3
millions et demi, dont plus d’un million d’invalides (amputés, mutilés,
aveugles, sourds, gueules cassées) sur les huit millions de soldats mobilisés.
Les stratégies militaires de
stationnement, la guerre des tranchées et l’utilisation de plus en plus poussée
et systématique des canons modernes, font que les blessures par explosions et
éclats d’obus représentent près de deux tiers des atteintes loin devant les
blessures par balle, par arme blanche ou plus tardivement par le gaz ypérite
dit gaz moutarde.
Gueules cassées et membres amputés.
Les soldats touchés présentent
des fractures et des plaies béantes, à la tête, au tronc, aux membres
supérieurs et inférieurs. Des blessures d’un genre nouveau, sur lesquelles
médecins et chirurgiens tâtonnent. Les perforations de l’abdomen ou de la
poitrine sont les plus mortelles, qu’il y ait eu ou non intervention
chirurgicale. Et les infections très fréquentes comme la gangrène gazeuse et la
septicémie, emportent les blessés en quelques heures. De grands progrès seront
toutefois faits au cours de la guerre pour traiter à temps et efficacement les
cas les plus urgents ou dramatiques, en matière de radiologie, de chirurgie
réparatrice, de greffes, d’appareillage, sans oublier la généralisation des
traitements antiseptiques.
On aurait préféré ne pas les avoir ce spectacle devant les yeux, mais les blessés étaient nombreux à stationner autour de la Gare de l’Est. Certains en convalescence, attendant de repartir au front, d’autres définitivement démobilisés et souvent poussés à la mendicité.
Peu d’artistes les ont représentés. Ces hommes mis hors combat ne favorisaient pas le moral des troupes et ne représentaient pas forcément l’idée que se faisait la population du valeureux poilu. Julien Le Blant, dans un souci de documenter au plus près la réalité de la gare et de ses environs pendant la grande guerre, nous en donne un émouvant aperçu.
Lors de la première guerre mondiale, de nombreux artistes ont été
engagés officiellement sur le front pour témoigner de manière moins crue
qu’avec la photographie, de la violence des combats, de la dure réalité de la
vie des tranchées et de la bravoure des soldats.
Julien Le Blant et Théophile-Alexandre Steinlen, artistes reconnus,
auraient voulu les rejoindre, mais en raison de leur âge avancé (63 et 55 ans)
leur souhait n’a pas été exaucé.
Ils ont alors eu la même idée : observer et rendre compte de la vie
à l’arrière et se sont tous deux positionnés régulièrement à l’emplacement stratégique
de Paris, celui qui marque la frontière entre la vie civile et militaire,
véritable « porte de l’enfer » durant ces années terribles: la
gare de l’Est.
Le Blant
Steinlen
Sur les marches ou dans le hall,
sur le parvis ou sur les quais, les deux artistes vont être témoins d’une multitude
de petits drames quotidiens induits par la guerre. Plutôt que de mettre en
avant la fière allure du guerrier intrépide, ils témoigneront surtout de la
profonde détresse humaine vécue par ces êtres humains qui, en ayant vécu le
plus normalement et simplement du monde se sont retrouvés un matin dans le
couloir de la mort.
Le Blant
Steinlen
La plupart des soldats de la gare sont des permissionnaires qui bénéficient de quelques jours de repos avant de retourner au combat. Vêtus comme des clochards, ils débarquent en masse, le regard perdu, le visage mangé par une barbe en broussailles. Ils ne savent pas s’ils doivent se réjouir de revoir leur femme, sachant que le départ prochain sera encore plus cruel. Les épouses s’épouvantent de constater que leur mari n’est plus le même et bien souvent, les enfants ne reconnaissent pas leur papa. On voit errer des solitaires, qui débarquent à Paris n’ayant pas le temps de rentrer dans leur village du fin fond de la France. Ils dorment à même les marches ou sur un banc public. Au vu des sacrifices consentis pour la patrie, les poilus étaient persuadés qu’ils allaient être reçus en héros mais ils doivent rapidement déchanter.
Le Blant
Steinlen
Leur accoutrement et leur odeur font fuir la bonne société. Celle-ci d’ailleurs n’a d’yeux que pour les officiers en grande tenue même si grand nombre d’entre eux n’a jamais connu le baptême du feu. Même les embusqués, ces traîtres qui ont trouvé mille astuces pour se planquer à l’arrière sont mieux considérés. L’amertume est profonde. Le décalage entre la vie parisienne et celle des tranchées est insupportable pour ces soldats et les permissions deviennent presque un supplice de plus. On rencontre aussi les mutilés, couverts de bandages. Ils ne sont pas forcément les plus à plaindre ni les plus malheureux car pour eux la guerre est terminée. Aux alentours, les artistes observent et dessinent toutes sortes de petits commerces proposés aux militaires. Des marchands de bric-à-brac profitent de vendre chèrement toutes sortes de babioles à ces grands enfants qui s’émerveillent de tout après des mois de cauchemar.
Le Blant
Steinlen
Steinlen et Le
Blant assistent encore, impuissants, au plus cruel des instants : celui
des adieux. Terme est plus adapté que celui d’au revoir. Que se passe-t-il dans
la tête de ces fiancés qui se séparent en pensant qu’ils viennent peut-être
d’échanger leur dernier baiser? Et dans le regard vide du soldat qui repose son
enfant à terre ou de sa femme qui le voit monter dans un train sans
retour ?
Parce qu’elle
osait montrer des êtres humains fragiles, cette autre face de la grande guerre
a été soumise à la censure à son époque. Un siècle plus tard, on comprend que
ces petits drames de tous les jours ont fait partie de l’histoire et doivent
être mis en lumière. Des artistes comme Le Blant et Steinlen ont réagi face à
l’indicible en effectuant un immense travail de mémoire. En posant leur regard
humaniste sur ces hommes, en figeant pour l’éternité leurs traits sur un carnet
de croquis, ils ont réussi à opposer au drame de la guerre ce que seuls des
artistes ont en leur pouvoir: les rendre immortels.
Le Blant
Steinlen
Soldats, par Julien Le Blant.
L’éminent illustrateur des Chouans a accompli,
à son tour, son œuvre de guerre, et elle est des plus vivantes, en même temps
qu’elle apporte à l’histoire non encore écrite des documents saisissants.
On a déjà pourtant vu beaucoup
de dessins et de peintures d’après nos poilus. Mais, à part Steinlen et
Karbowski, les artistes, chose incroyable, ne s’étaient pas assez attachés à
étudier les types particuliers, si nombreux, si divers. M. Julien Le Blant, en
de multiples dessins rehaussés, a créé véritablement la physiologie de nos
défenseurs: Que de fois, dans la rue, dans les tramways, dans les trains, en
voyant un soldat au type caractérisé, nous nous sommes demandé « Qu’est-ce
qu’il faisait dans la vie, celui-là? » Or, chacun de ces croquis aussi précis
dans le détail qu’expressifs dans l’allure et la physionomie porte le nom, la
profession, le département du portraituré.
Le Blant
Steinlen
Ainsi, tout en
particularisant, l’artiste a atteint le domaine des idées générales. Il
faudrait que les «poilus » de Julien Le Blant fussent conservés dans un
album spécial, avec texte adéquat. S’ils se dispersaient trop, s’ils étaient
démobilisés, pourrait-on dire, un document important et vrai serait perdu.
Arsène Alexandre, Le Figaro,
mercredi 22 janvier 1919
Pour le salon de 1892, Julien Le Blant reprend un sujet qu’il avait déjà traité quelques années auparavant, en 1888, dans ses illustrations pour les Cahiers du Capitaine Coignet : Le Retour du Régiment. Les soldats de Coignet sont rangés devant la statue équestre de Louis XIV sur la place Bellecour à Lyon. A leur retour d’Italie, les vainqueurs de Marengo avec leurs costumes déchirés ou rapiécés sont la risée d’un groupe d’élégants.
Illustration pour les Cahiers du Capitaine Coignet en 1888
Dans le tableau le décor change. Le régiment est à Paris ! Quelques dames élégantes et des enfants moqueurs viennent compléter la scène. Ce tableau de 96 centimètres par 58 sera offert en 1896 au musée de Mulhouse par M. Henri Schwartz fils. Il va disparaitre lors du bombardement du musée le 3 août 1944.
D’ après Julien Le Blant (né en 1851)
Le retour du régiment
Photographie de l’atelier Goupil, 1892
Epreuve sur papier albuminé
13,7 x 20, 9 cm
Bordeaux, musée Goupil, inv. 97.II.8.147 (1)
Ce tableau sera
envoyé à Chicago en 1893 pour représenter la France lors de la Chicago World’s
Fair, qui va durer du 1er mai au 3 octobre et accueillir plus de 17 millions de
visiteurs. Le catalogue officiel est élogieux dans son chapitre consacré à
l’art de la France:
« Grolleron et Le Blant sont du meilleur goût, bien
qu’ils aient une approche différente de leur sujet. L’aîné restitue
sérieusement et avec une composition bien sentie un incident dramatique. Il le
fait sobrement et d’une facture meilleure que d’habitude. Le plus jeune apporte
une touche de sarcasme et d’humour. Son Retour du Régiment de l’armée héroïque
de Sambre-et-Meuse nous présente un féroce bataillon crasseux et loqueteux,
prêt pour une inspection sur la place publique. Il est oisivement passé en
revue par une foule dédaigneuse de dandys vêtus au dernier cri de la mode où
chacun semble plus ridicule que son voisin. Les guerriers sont sombres et
froncent les sourcils face à ces regards narquois. Des signes d’énervement se
font sentir chez l’une ou l’autre des plus vieilles moustaches. » (Official Catalog of World’s Columbia Exhibition, Chicago 1893)
Gravure du journal l’Illustration.
« Ce qui plaît d’ailleurs chez Julien Le Blant, ce
qui est le charme de sa peinture, la force de son talent, la grâce de son
tempérament actif, primesautier, intelligent de tout, profond aussi et pensif,
vibrant de toutes les émotions modernes et singulièrement compréhensif des
choses d’autrefois, ce qui est la santé même de cette personnalité solide et
élégante à la fois, c’est la facilité dans l’exécution, le brio et l’entrain
bien portant. Rien de pénible ici. On sent que le peintre a cette vertu qui
prime toutes les autres, Ie don. Il est né peintre, disais-je, et n’a jamais eu
à peiner pour être peintre. L’inspiration lui jaillit en même temps des doigts
et du cerveau. II ne halète point devant sa toile. II enlève son tableau avec
l’alacrité joyeuse de ses soldats courant à la baïonnette. Saluez tout ce qui,
en art, est facile et semble enfanté dans le plaisir. Les œuvres faciles ont le
sourire et le charme comme les femmes jolies. »
(Salon des Aquarellistes 1893)
Après avoir débarqué à Da Nang, en 1858, les
Français ont fondé la colonie de Cochinchine en 1865 et établi un protectorat
sur le Tonkin en 1884. La République de Ferry a intensifié l’exploitation
coloniale entamée sous le Second Empire, assemblant un immense empire au sein
duquel la péninsule indochinoise faisait figure de joyau. Les combats de la
Première Guerre mondiale ont peu touché l’Extrême-Orient, aux richesses convoitées
par l’ensemble des puissances coloniales. Mais le recrutement traditionnel de
supplétifs, la nécessité de remplacer les nombreux soldats tombés au début du
conflit, la volonté de développer le patriotisme parmi la population indigène,
conduisent les métropoles à puiser dans le vivier colonial. En quatre années de
guerre, la France a ainsi fait venir d’Indochine 43430 tirailleurs annamites
(centre de l’actuel Vietnam) et tonkinois (nord), mobilisés surtout dans des
bataillons d’étape chargés de l’aménagement et du transport ; 1123 sont morts
au champ d’honneur. En outre, 48981 travailleurs indochinois ont été envoyés
aux usines françaises pour remplacer les ouvriers partis au front.
Charpentier annamite rencontré à Couvrelles en septembre 1917
Selon les stéréotypes raciaux en vigueur dans l’armée, les Indochinois, censément plus rusés que les autres indigènes, sont flegmatiques et donc faits pour la défensive plus que pour l’offensive. Leur apparence frêle dissimule une belle résistance à la fatigue, signe de leur courage. Cela dit, les Asiatiques ont été utilisés comme manœuvres plutôt que comme combattants. Leurs bataillons d’étapes ont été chargés de la tâche stratégique, mais peu valorisante, de combler de cailloux les ornières de la route qui relie Bar-le Duc à Verdun, la future « Voie sacrée ». Aucun régiment indochinois n’a été créé, l’encadrement des unités où ils étaient versés séparément les connaissait mal et hésitait à les engager en première ligne. Mais leur comportement au chemin des Dames, en Alsace et à Salonique a démenti ce manque de confiance. Après la guerre, le sacrifice consenti a suscité chez eux un désir de reconnaissance et d’émancipation.
Pierre de Champfeu est né le 22 juin 1894. Il est le fils du comte Léon de Champfeu officier de marine à Cherbourg. Sa maman est une De Nanteuil.
Pierre de Champfeu par Le Blant en février 1916
Sous-lieutenant de cavalerie, il passe, sous sa demande, au
4e régiment de marche des Zouaves. Le 23 octobre 1917, il participe à l’attaque
du fort de Malmaison. Grièvement blessé à la cuisse, il meurt le 14 décembre
1917 à l’hôpital militaire de Paris, d’un tétanos consécutif à l’amputation.
Le 4e Zouaves
Le 4e régiment de zouaves (4e RZ)
était un régiment d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de
l’armée de terre française. Au début, les zouaves étaient surtout algériens.
Ensuite des soldats de toute la France sont venus les rejoindre et porter fièrement
la Chéchia, ce bonnet en forme de calotte de couleur rouge vermillon. Les
soldats de cette unité se sont particulièrement distingués durant les rudes batailles
d’Ypres, de Verdun ou du Chemin des Dames. Le régiment a reçu de nombreuses
citations ainsi que la fameuse fourragère rouge.
La fourragère est une décoration
récompensant une unité militaire pour faits de guerre ou de bravoure
exemplaires. Il s’agit d’une cordelette tressée qui se porte à l’épaule gauche
de l’uniforme. L’une des extrémités de la tresse a la forme d’un trèfle et
l’autre porte un ferret, une pièce métallique conique. La fourragère peut être
de différentes couleurs en fonction du nombre de fois où l’unité a été citée
pour faits exceptionnels. Par exemple, la rouge, aux couleurs de la Légion
d’honneur et de la croix de guerre 1914-1918, est portée par les unités citées une
dizaine de fois pour actes de bravoure.
Au moment au Julien Le Blant est
invité à les rencontrer, en février 1918, le régiment est sous les ordres du commandant
Giraud.
Le 23 octobre 1917, le 4e
régiment de zouaves participe à l’assaut du fort de Malmaison. Le lieutenant Pierre
de Champfeu conduit un groupe de mitrailleurs.
Le lieutenant de Champfeu vient de
la cavalerie : il est tout feu tout flamme, et si bon qu’on l’adore. Il a
rejoint le régiment en avril, pour l’offensive sur l’Aisne. Une scène digne d’être
transcrite a marqué son arrivée. Il se présente au colonel Richaud : « Vous
arrivez plus tôt que je ne vous attendais, lui dit celui-ci. Nous attaquons
demain, les postes sont au complet, vous rallierez le dépôt divisionnaire, à la
première vacance, je vous appellerai. – Vous attaquez demain, et je rallierai
le dépôt divisionnaire ? Mon colonel, je suis d’une famille de soldats.
Regardez-moi : c’est vrai, je suis un inconnu pour vous, mais
regardez-moi. Et ne me demandez pas une chose pareille. » Il faut bien se
rendre à ses raisons et le colonel le garde. Champfeu exulte, car on va se
battre.
[…] Champfeu vit la victoire. Il
devait installer sa section de mitrailleuses en avant et à l’est du fort. Il l’installa.
C’est alors qu’il fut criblé d’éclats d’obus, la cuisse traversée, la tête
meurtrie. Une jambe amputée, il reçut sur son lit d’hôpital la croix de la
Légion d’Honneur : « Admirable tempérament de soldat, donnant à tout
le régiment l’exemple des plus belles qualités françaises ; à l’assaut du
fort de la Malmaison, a conduit sa section de mitrailleuses avec sa fougue
habituelle, l’a mise en batterie au point fixé et est tombé en pleine victoire. »
[…] Champfeu survécut cinquante
jours à son amputation, puis la mort le pris.
(Lectures pour Tous, 15 mars 1918.)
Le 9 février 1918, son père, le comte de Champfeu, écrit à son ami Le Blant pour lui demander d’intercéder auprès du peintre Guiguet pour la réalisation d’un portrait de son fils.
[…] Je fais faire le portrait de mon fils, soldat
glorieux, pour perpétuer son souvenir parmi ceux qui viendront après nous ;
certes ! C’est bien certain, mais je le fais aussi pour avoir la
jouissance et je ne voudrais pas mourir avec la seule satisfaction de penser
que ma succession le possèdera, ce ne serait pas assez ! […]
[…] Je m’arrangerai pour faire parvenir à Lyon les
décorations et la chéchia, le ceinturon, tout cela tiendra dans un petit carton
et pourra être remis à M. Guiguet. Une petite photo que j’enverrai plus tard
indiquera comment mon fils portait la chéchia et sa fourragère, tous ces petits
détails qui auront leur importance pour mon cœur paternel brisé.
Julien Le Blant écrit
le même jour à Guiguet (Paris, 9 février 1918)
[…] Vous vous souvenez sans doute d’un jeune zouave
qui a été tué et dont je vous avais parlé. Son père en venant m’annoncer sa
mort m’avait dit : « Je voudrais un portrait de mon pauvre Pierre par votre ami
Guiguet. Il est revenu et il le veut. […]
[…] Oui, ce pauvre petit (car je relis la lettre
du père) m’appelait son oncle. Je l’avais retrouvé sur l’Aisne et, à
l’Etat-Major, on l’appelait mon neveu. Je l’ai quitté le 23 septembre et le 23
octobre il avait la cuisse arrachée. Je l’aimais beaucoup. […]
[…] Je vous envoie sa lettre et la photo qu’on
pourra vous donner ; cette photo est excessivement ressemblante et je
trouve la pose très bonne, son père aussi. Il s’agira de le faire en zouave au
lieu de ce costume de chasseur. On vous donnera une petite photo en officier de
zouave. Elle n’est pas bonne mais on voit comment il porte sa chéchia. […]
[…] Je lui ai dit, je vais demander à Guiguet un
beau dessin comme il sait si bien les faire. Il se servira de la photo comme
mouvement et comme coupe. Le dessin aura 45 centimètres de hauteur, ce qui
ferait la photo agrandie trois fois environ. […]
[…] Je dois vous dire que c’est une famille de
soldats. Il y a des portraits de Champfeu chez eux depuis Louis XIV et mon ami,
qui est ancien officier de marine, veut que Pierre soit avec ses ancêtres morts
pour la France.
[…]
Je pars lundi pour Soissons. […] Je vais me trouver dans un centre
d’américains.
Il paraitra dans
les Lectures pour Tous du 15 mars prochain un article d’H. Bordeaux sur
l’affaire de la Malmaison par les 4e zouaves où il est question de
Pierre de Champfeu qui y fut si grièvement blessé. […]
Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, 17 février 1918 :
[…] Il veut
que sur le portrait de Pierre de Champfeu, il y ait sa croix de la Légion
d’Honneur, sa croix de Guerre avec ses citations […]
Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, 7 avril 1918
[…] Nous
avons vu jeudi notre ami de Champfeu, il fait peine à voir ; il est malade et
triste comme la mort : son autre fils est avec son bataillon là où l’on se bat,
sa fille est gravement malade. C’est abominable. Il m’a demandé si je savais
quelque chose de vous. Il ne pense qu’à ce portrait […]
Etude préparatoire au portrait de Pierre de Champfeu par François Guiguet (1860 – 1937). Enfant, à la chéchia du 4e zouave, 28 avril 1918. (pastel et pierre noire sur papier gris, coll. Maison natale de Guiguet, ville de Corbelin)
Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, sans date
[…] Il est
assis devant le portrait et pleure comme un enfant […]
portrait de Pierre de Champfeu par François Guiguet
Comte de Champfeu à Guiguet , Paris, 7 mai 1918 :
[…] Votre
envoi est arrivé…Merci ! Oh oui, merci de tout mon cœur brisé mais heureux
d’avoir ce souvenir de mon cher enfant, souvenir admirable, c’est encore plus
ressemblant que la photographie et c’est bien vrai ! c’est vivant ! Je me
permets de vous dire que je n’ai jamais vu depuis les maîtres de la fin du
18ème siècle, de dessins en couleur comme les vôtres. Les ombres sont de pures
merveilles. Ah ! il n’y a pas à y retoucher, il n’y a pas à pousser davantage,
votre œuvre, elle est au point telle qu’elle est, elle est parfaite. Je veux
espérer encore que mon second fils qui aimait tant son aîné, la verra et que
nous le reverrons lui ! Nous n’avons pas encore de nouvelles, hélas !
[…]
Lettre de Le Blant annonçant à Guiguet la mort de Jacques de Champfeu, Paris, mai 1918 :
[…] Mon cher Ami, le malheur s’acharne sur mon ami de Champfeu. Son second fils est tombé le 26 mars […]
Jacques de Champfeu par Le Blant en décembre 1917.
Comte de Champfeu à Guiguet, Paris, 23 février 1919
[…] Votre
lettre du 20 février me confirmant dans les termes les plus affectueux ce que
vous avez écrit à Le Blant concernant votre acceptation du portrait de mon
second fils, m’a bien touché. Votre retard à me répondre est tout pardonné
[…]
Monument aux morts d’Etretat. Les noms des deux frères de Champfeu figurent à droite sous 1918.
Le comteLéon de Champfeu
Léon de Champfeu est né le 21 mai 1848 à Moulins dans l’Allier. Il entre dans la Marine en 1864 au port Cherbourg. Il est nommé aspirant le 2 octobre 1867, puis enseigne de vaisseau le 2 octobre 1872. Au 1er janvier 1879, sur le croiseur « Kerguelen », Division navale des mers de Chine et du Japon sous les ordres du commandant Etienne Mathieu. Il nommé au poste de lieutenant de vaisseau le 1er mai 1880.
Il est stationné à Cherbourg entre janvier 1881 et décembre 1884. C’est très certainement lors de la visite de Julien Le Blant au port de Cherbourg en 1884 qu’il fait sa connaissance. En 1885 et 1886, il navigue sur le croiseur « Fore », division navale de l’Atlantique Nord sous le commandement d’Henri D’Abel de Libran.
Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 8 juillet 1885. Entre 1889 et 1899, il occupe le poste de Capitaine d’habillement, d’armement et de casernement au 1er Dépôt des Équipages de la Flotte à Cherbourg. Il est élevé au titre d’Officier de la Légion d’Honneur le 11 juillet 1899.
Versé dans la réserve le 9 octobre 1899, port Cherbourg,
il décède le 3 septembre 1926 à Versailles.
Ferdinand Delplace est né le 2 novembre 1894 à Douai. Il a
une frère, Richard, né en 1893. Son père François est mort sous les bombes à
Douai en 1944.
Etant de la classe 1914, Ferdinand a probablement été
incorporé en octobre 1914 et serait parti pour le dépôt du 147e à Saint
Nazaire. Sur l’aquarelle de Le Blant, réalisée en février 1916, on aperçoit un
chevron de présence sur la manche gauche de la capote (le premier chevron
représentait un an de présence, les suivants 6 mois). Ferdinand aurait donc un
an de mobilisation à ce moment. Il aurait alors connu et participé aux combats
de 1915 : l’Argonne, la tranchée de Calonne, les Eparges, Tahure. S’il est
resté au 147e tout le long de la guerre, il serait possible qu’il ait demandé
et reçu la Médaille de Verdun.
En 1944 il a une fille, Josiane, née d’une relation avec
une veuve à Erquy en Bretagne.
Ferdinand Delplace est mort en 1954 à l’Hôpital Bichat de
Paris et est enterré à Clichy dans le caveau de famille.
Sources : Christophe Lagrange (Le blog du 147è RI) et Josiane T.
Une belle émotion
Bonjour
Monsieur,
Je suis la
fille de Ferdinand Delplace.J’ai 71 ans,
mon père m’a eu à 50 ans en Bretagne dans le joli petit port de pêche d’Erquy.J’ai mis 60 ans à retrouver des traces de mon père
car je n’avais jamais vu de photo de lui jusqu’à ce jour.
Le choc !
Je suis née
fin 1944 mon père se trouvait à Erquy à cette époque je pense réfugié STO, ma
mère était veuve depuis 1940 avec 4 enfants dans une grande maison, est arrivé
ce qui devait arriver, je suis née sans connaitre mon père décédé en 1954 à
Paris à l’âge de 60 ans, mes recherches ont commencées vers 1970 c’était déjà
trop tard.Mon père est enterré à Clichy, je suis
allée sur sa tombe, et c’est tout !
Aujourd’hui
vous m’avez apporté est un cadeau du ciel. Grâce à vous mon père a un visage.
Merci pour cet immense cadeau.
Reçu par mail de Josinane T. le 16 juin 2016 (100 ans exactement après la réalisation du dessin)
Certains hommes furent combattants, puis prisonniers, puis après leur évasion, à nouveau combattant. Pour les mobilisés de Maroilles, nous ne connaissons qu’un de ces cas, celui du soldat Victor Alavoine.
L’homme est né le 6 avril 1873 à Maroilles, il
est donc de la classe 1893 (dossier 1439, volume 3, Avesnes/Helpe, aux Archives
Départementales du Nord).
Au moment de sa conscription, il se dit journalier de profession. Fils de Louis Alavoine, journalier également (il deviendra ouvrier tanneur plus tard), et d’Urcelline Hauet, Victor est un roux de 1 m 67, aux yeux bleus, au front découvert et au nez fort. Son niveau d’instruction est faible, niveau 2 selon sa fiche militaire, ne sachant que lire et écrire, mais « exercé », ce qui signifie qu’il a suivi une préparation militaire à Maroilles au sortir de sa scolarité.
Il fait son service militaire au 23e
Régiment des Dragons ; incorporé le 16 novembre 1894, il se blesse au
genou le 13 mai 1896 lors d’une chute de cheval. Il est mis en congé le 24
septembre 1897 après avoir effectué ses trois ans de service. Avant son
incorporation, il a été condamné le 23 octobre 1894 par le tribunal
d’Avesnes-sur-Helpe à vingt jours de prison et à une amende « pour coups et blessures volontaires, pour jet
de corps durs et dommage à la propriété mobilière d’autrui ». Nous
avons donc affaire à un homme au caractère fort et probablement
bagarreur ! Il ne sera « réhabilité
de droit » que le 12 avril 1913. Il effectue deux périodes d’exercices
au 84e Régiment d’infanterie local en 1900 et 1903. En 1902, il a
épousé à Maroilles Marie Azéma Splingard, servante à Leval, âgée de 29 ans
comme son époux.
En 1905, il réside à Felleries et exerce la
profession d’ouvrier tanneur à la tannerie Leblond. Au 24 juillet 1906, il vit
à Maroilles, travaillant comme ouvrier tanneur aux tanneries de la famille
Mailliard, le plus gros employeur du village. C’est à Maroilles qu’il est
mobilisé le 1er août 1914 au 4e Régiment d’infanterie
territorial, dans lequel il est passé en 1907 comme réserviste. Il arrive dans
son régiment le 14 août 1914 (Landrecies ou Avenses-sur-Helpe) avant de
rejoinde la place forte de la ville de Maubeuge le 21. Il y sera fait
prisonnier par les Allemands lors de la reddition de la ville avec des milliers
d’hommes du 4e R.I.T., pour beaucoup du nord de la France.
Interné au camp de Friedrichsfeld, il s’en évade le 17 mars 1916 (il va avoir 43 ans) et rentre en France le 30 mars suivant. Il rejoint son régiment (4e R.I.T.) le 5 avril, c’est à ce moment que l’artiste peintre Julien Le Blant le peint en uniforme à la caserne de Reuilly, à Paris XIIe.
Le 4 juillet, il est dirigé sur le dépôt du 176e
R.I. à Agde, puis il passe au 115e R.I.T. le 3 octobre 1916. Il
semble qu’il ne fut plus en état de combattre dans les tranchées. Il se trouve
en sursis d’appel à partir du 11 janvier 1917 et travaille à la tannerie
Hootelé à Joigny (les entreprises Mailliard de Maroilles et Hootelé de Joigny
ont des liens commerciaux avant la guerre), probablement comme ouvrier tanneur.
Il est libéré de toute obligation militaire le 1er novembre 1919 et
continuera à vivre à Joigny au n°1 rue Davier.
La guerre étant
prévue de courte durée, aucune permission n’était envisagée au cours des
premiers mois du conflit. À partir de 1915, la prise de conscience de
l’enlisement dans une guerre longue fait apparaître la nécessité d’accorder des
permissions, d’autant plus que des cas de désertions apparus en novembre 1914
inquiètent les autorités. À partir du
printemps 1915, les agriculteurs de l’armée territoriale (plus de 34 ans) sont
autorisés à rentrer pour les récoltes. Les mobilisés des unités non
combattantes de la zone de l’intérieur sont également autorisés à rentrer chez
eux à partir d’octobre 1915 les week-ends et jours fériés ce qui permet aux
commerçants et entrepreneurs de régler leurs affaires. Cette mesure utile pour
le fonctionnement de l’économie nationale et présentant l’avantage de libérer
les casernes deux jours par semaine était perçue comme inéquitable par les
combattants. Sous la pression
du Parlement, le général Joffre généralise les permissions le 1er juillet 1915.
De 3 à 4% de hommes en bénéficient pour une durée de six jours hors délai de
route.
Fin de permission à la Gare de l’Est.
Un ordre de
priorité fut fixé, d’abord les hommes servant depuis la plus longue durée,
puis, à égalité de durée aux classes les plus anciennes, enfin aux pères des
familles les plus nombreuses. Les chefs de corps étant chargés d’accorder les
permissions, la répartition comportait une grande part d’arbitraire ce qui
engendra des insatisfactions.
À partir du 1er
octobre 1916, une loi donne droit à trois permissions annuelles de sept jours
hors délai de route, portées à dix jours le 1er octobre 1917. L’ensemble des
agriculteurs, et non plus seulement ceux de l’armée territoriale de l’arrière,
bénéficient d’un régime particulier de permissions agricoles de 15 jours
renouvelables une fois pour les travaux de la terre, mis en place à partir de
mai 1916.
Refuge de la Gare de l’Est
À la fin de la guerre,
ce régime, le plus favorable de toutes les armées de la Grande guerre, est
généralement bien accepté par les combattants français. En comparaison, les
Allemands doivent attendre un an pour deux semaines de congés, les Britanniques
quinze mois pour dix jours.
À partir de
1917, le séjour à Paris est réservé aux soldats ayant leur famille en région
parisienne et aussi à ceux ayant leurs proches dans les régions occupées du
Nord-Est et à certains coloniaux. Mais la capitale reste un lieu de transit
pour beaucoup de provinciaux. Aussi Paris fut un important centre de séjour de
permissionnaires, de 5 500 hommes de troupe simultanément en avril 1916 jusqu’à
38 500 en juillet 1917. On estime que quatre millions de permissionnaires ont
visité Paris au cours de la guerre.
Pour beaucoup,
le retour est celui des retrouvailles amoureuses (environ 50% des soldats
français étaient mariés) et pour certains la découverte de l’infidélité de leur
femme. Pour les soldats coloniaux et ceux originaires des régions envahies
c’est un moment de solitude : ils ne pourront pas rentrer chez eux.
Buffet du soldat Faubourg-St-Martin
Ceux qui en ont
des moyens en profitent pour « faire la noce » à Paris et fréquenter des
prostituées. Quelques-uns rencontrent leur marraine de guerre. Cependant
beaucoup sont désargentés. Le versement de la solde est suspendu pendant la permission.
Le soldat ne perçoit qu’une très modeste indemnité pour la nourriture pendant
le voyage. Certains permissionnaires en transit à Paris sont réduits à dormir
sur les bancs publics car les salles d’attente des gares sont minuscules.
À Paris, les permissionnaires
sont étonnés de la vie normale de l’arrière. De leur côté, les civils
considèrent le permissionnaire non pas comme un héros, mais comme un étranger
qui suscite une forme de pitié admirative, une affection gênée mais dont on
s’écarte. Tout un petit monde commerçant s’est organisé autour de la gare pour exploiter
cette manne providentielle : cafetiers, marchands de chaussures, lacets, cartes
postales, bonnets, nettoyeurs de chaussures, photographes …
Julien Le Blant
est un extraordinaire témoin de cette intense activité et de ces moments empreints
d’une grande intensité émotionnelle.
La permission étant
une forme de cadeau empoisonné, à la joie intense des retrouvailles succède peu
de temps après la tristesse infinie de la séparation qui pourrait être la
dernière.
Outre le fait que son nom de famille ait souvent été mal orthographié (Leblant en un mot) Julien Le Blant a parfois été appelé « Maurice », comme le montre l’extrait ci-après et même la page de garde d’un célèbre ouvrage de Dumas qu’il a illustré avec Steinlen.
En 1891, la Revue de Bretagne et de Vendée, le cite
en réponse à une question concernant les costumes des soldats vendéens :
En règle générale,
on peut affirmer que les chefs de la grande armée n’eurent aucun uniforme;
c’est l’avis d’un artiste de talent très consciencieux et très connu, M.
Maurice (!) Le Blant, le dessinateur
des Chouans et le peintre de deux toiles célèbres : la «Mort de d’Elbée» et l’«Exécution
de Charette».
Maurice Le Blant existe. Il s’agit de son cousin, connu pour avoir participé à la première course automobile de l’histoire (voir rubrique famille). On l’a peut-être également confondu avec Maurice Leblanc, le célèbre auteur d’Arsène Lupin !
Lucien
Un cachet d’atelier au nom de
Lucien Le Blant figure sur quelques esquisses qui ressemblent comme deux
gouttes d’eau à celles de Julien Le Blant.
Deux cachets au nom de Lucien Le Blant
Superposition du cachet corrigé sur le faux
L’explication est simple. Ce tampon, fabriqué après le décès de l’artiste pour prouver la provenance des travaux non signés restés dans son atelier, a été réalisé avec une erreur. On s’en est vite aperçu, mais quelques travaux possèdent cette surprenante marque.
Le bon cachet d’atelier de Julien Le Blant
Le « presque » homonymeJ. le Blanc
Adriaan Christiaan Willem Terhell (7 mars 1863 – 28 avril 1949)
Terhell est un peintre néerlandais qui s’est exprimé dans la tradition romantique et a signé ses œuvres sous différents pseudonymes dont celui de J. le Blanc.
Il a vécu et travaillé à Bussum jusqu’en 1885, puis à La Haye jusqu’en 1943. En 1899, il est nommé peintre d’armoiries par le Haut Conseil de la noblesse pendant de nombreuses années. Il a vécu dans l’est du pays, à Bennekom (1943-1944), Denekamp (1944), Enschede (1944-1945) et Diepenheim (1945-1948) et a laissé derrière lui une grande œuvre, composée de paysages, de paysages marins et fluviaux, de paysages de villages et de villes. Outre des peintures à l’huile, il réalise de nombreuses aquarelles et gouaches sous son propre nom, mais aussi sous les pseudonymes de J. le Blanc, Ch. Petit, P. L. Jacoby et, dans une moindre mesure, C. de Zeeuw. Terhell est décédé à l’âge de 86 ans à Beverwijk, son dernier lieu de résidence.
Les œuvres de Terhell sont encore régulièrement proposées par les antiquaires et lors de ventes aux enchères aux Pays-Bas et à l’étranger. Surtout en Amérique, ses scènes typiques, presque stéréotypées, sont très demandées.