EN CORRÈZE

Edouard Detaille, célèbre peintre militaire, nous apprend par ses carnets qu’en 1899 Julien Le Blant quitte Paris en vendant toutes ses œuvres et se retire pour des raisons de santé en Corrèze. Il va vivre au manoir de Rholan, près de Beaulieu-sur-Dordogne. C’est le célèbre artiste créateur de tapisseries, son ami Jean Lurçat qui avait réalisé la décoration en rouge et vert des lieux.

“La liste est longue des bons artistes qui ont fait de cette terre leur séjour d’élection et qui l’ont chantée, avec des couleurs sur des toiles. On peut parler d’une école de Beaulieu comme il y a une école de Crozant. Trouillebert, l’émule de Corot, Duval-Gozlan qui s’apparente à Monet et aux impressionnistes, Pierre de Montholon, Julien le Blant qui, après avoir longtemps dessiné des marins et des grognards, vint exprimer tout le pittoresque de la vie: foires, marchés, vieilles boutiques, vieilles rues. Or, voilà que la nature le prend, que la vie paysanne lui révèle une activité insoupçonnée, que le changement des saisons et la loi des heures suscitent des effets autres que ceux qui lui avaient suffi pour acquérir notoriété et prospérité. Et comme l’impression reçue est dominatrice, qu’elle abolit  les imaginations du passé, les trouvailles heureuses qui ravissaient les bibliophiles, Julien Le Blant, le peintre classé Julien Le Blant, se laisse prendre, accepte l’augure de la révélation, devient un artiste si dissemblable de l’ancien, que ceux qui étaient mis en présence des «Marchés» exécutés loin de Paris, dans la dévotion de la vie paysanne, étaient excusables de douter, un moment, que les deux Julien Le Blant fussent une personne…

M. Julien Le Blant n’a pas, en changeant le motif de ses compositions, perdu en qualité de dessin, ni en faculté de présentation. Bien au contraire, les personnages sont, ici, accusés avec une sûreté d’œil et de crayon un sentiment de vérité qui militent en faveur de l’observation directe substituée, chez notre artiste, aux plus heureuses fantaisies de l’imagination. Ceci dit, il est peut-être superflu d’ajouter que M. Julien Le Blant dessine beaucoup dans sa retraite corrézienne, dessine continuellement, accumulant des carnets qui témoignent d’une activité intelligente, d’un amour profond de la vie et de la nature.  Julien Le Blant est un aimable “sauvage” aux yeux clairs, à la moustache d’argent, au visage souriant et coloré, à la voix gouailleuse ou attendrie, un vrai philosophe qui a su renoncer à bien des choses pour aller vivre libre dans un coin perdu de la Corrèze.”

Lecture pour tous, Hachette,15 mai 1917

Beaulieu-sur-Dordogne, Corrèze, Altillac
Marché aux boeufs – Beaulieu-sur-Dordogne

Ces scènes de la vie rurale sont une renaissance pour l’artiste. Dans un style inspiré des impressionnistes, il traduit l’animation des marchés et foires de la Dordogne et de l’Aveyron. Du 30 janvier au 11 février 1905, il expose ces scènes paysannes à la Société des Aquarellistes, au 18 rue Caumartin à Paris et la critique salue de manière très positive sa démarche.

“A la galerie des Artistes modernes, M. Julien Le Blant réunit une quarantaine de peintures. A ces paysanneries amusantes, les marchés et les foires de la Dordogne et de l’Aveyron ont fourni une source d’inspiration fort originale, et l’artiste n’a pas noté sans esprit le grouillement pittoresque des places de villages encombrées de vendeurs et de chalands, avec leur cadre de petites maisons claires, que domine, au loin, la croupe d’une montagne verte. Des Laveuses, dix fois peintes au même coin de rivière et par dix lumières différentes, attestent aussi des qualités de coloriste et chercheur souvent délicat de M. Julien Le Blant”.

Le magazine Les Arts de mars 1914 lui consacre un article élogieux intitulé: un revenant.

Les Arts 1914