LA TANTE MADELEINE LEMAIRE

Jeanne Magdeleine Coll est née en 1845 aux Arcs-sur-Argens. En 1857 elle s’installe à Paris et devient à douze ans l’élève du peintre Chaplain qui lui donne des cours pendant cinq ans. À quinze ans, elle expose pour la première fois au Salon un portrait de sa grand-mère, qui obtient un beau succès. On dit que le jury aurait voulu décerner une médaille à l’œuvre, mais quand il apprit que la débutante n’avait que quinze ans, il hésita à attribuer la récompense méritée. Pendant la guerre de 1870 et le siège de Paris, Madeleine Lemaire se réfugie à Dieppe et se met à l’aquarelle. C’est là qu’elle commençe à peindre les fleurs qui vont faire sa notoriété et lui valoir le surnom d’ « Impératrice des roses ». Alexandre Dumas fils disait que « C’est elle qui a créé le plus de roses après Dieu ».

En 1865, à l’âge de 20 ans, elle épouse Casimir Louis Philippe Lemaire, oncle de Julien Le Blant et prend le nom d’artiste de Madeleine Lemaire.

En 1879, elle est membre titulaire à la création de la Société des aquarellistes français. Elle expose en 1898 à la Biennale de Venise et en 1899 elle est nommée professeur de dessin botanique au muséum d’histoire naturelle de Paris. On lui doit aussi les illustrations pour l’Abbé Constantin de Ludovic Halévy en 1887, pour Flirt de Nul Hervieu et pour le Crime de Sylvestre Bonnard, d’Anatole France.  Très appréciée des américains, qui la considèrent à l’époque comme la plus grande femme-peintre après Rosa Bonheur, elle réalise des illustrations pour le magazine Cosmopolitain. Elle vit bien de ses pinceaux. La moindre de ses petites toiles de roses se vendait cinq cents francs de l’époque, auprès de sa clientèle aristocratique. En 1900 on lui attribue une médaille d’argent pour l’ensemble de son œuvre à l’Exposition universelle. En 1906 elle devient vice-présidente du jury du prix Femina, et la même année elle reçoit la Légion d’honneur. En 1908, elle ouvre une académie de peinture destinée aux jeunes filles. En 1923 une grande rétrospective de son œuvre à lieu à la galerie Charpentier à Paris.

Les peintres Bonnat, Béraud et Gervex assistent à un cours de Madeleine Lemaire dans son académie pour les jeunes filles.

À côté de son travail artistique, Madeleine Lemaire est surtout connue aujourd’hui par son brillant salon dont Marcel Proust écrivit les chroniques dans le Figaro sous les pseudonymes d’Horatio et de Dominique.  Les lecteurs de Marcel Proust savent qu’elle a prêté quelques-uns de ses traits à Mme Verdurin : son autorité de « patronne », son franc-parler, son énergie, entre autres.

Pas vraiment belle, alors qu’il en fallait tant pour se faire reconnaître, Madeleine Lemaire a pour elle le « savoir mondain » et sait recevoir en sa maison de la rue de Monceau le « meilleur monde ». On y croise des écrivains lorgnant du côté de l’Académie française, des peintres fêtés au Salon et des duchesses aux prétentions culturelles. Ses soirées donnent l’occasion de lancer de jeunes artistes. Le silence absolu est de rigueur durant les récitals.

L’été Madeleine Lemaire déplace ses « fidèles » et les installe dans son château de Réveillon, dans la Marne. Marcel Proust fait deux longs séjours à Réveillon, en 1894 et en 1895. Dans Les Plaisirs et les Jours, il y décrit les marronniers du jardin. Dans Jean Santeuil, il invente toute une famille nobiliaire, les ducs de Réveillon, et dans Du côté de chez Swann, il semble y décrire le salon parisien de Madeleine Lemaire. Il s’en inspire pour évoquer le château de La Raspelière de Madame Verdurin dans À la recherche du temps perdu. Proust écrit : « Madame Lemaire s’occupe à nous rendre la vie confortable et facile ».

Le château de Réveillon

Pourtant proche du front, château de Réveillon a été épargné par les deux guerres. À la mort de sa mère en 1928, Suzette Lemaire s’installe toute l’année au château.

Suzanne et Madeleine Lemaire

Madeleine Lemaire s’éteint le 8 avril 1928 à Paris, à l’âge de 82 ans.

« Un service funèbre pour le repos d l’âme de Mme Madeleine Lemaire a été célébré hier matin, à dix heures et demie, en l’église Saint-Philippe du Roule, en présent de nombreuses personnalités du monde artistique et de la société parisienne, qui resteront fidèles au souvenir de la femme d’esprit et de cœur que fut la grande artiste. L’absoute a été donnée par le curé de le paroisse, chanoine Colombel. Le deuil était représenté par Mlle Suzanne Lemaire, sa fille ; Mme Alice Coll-Habert et Mme Julien Le Blant ses nièces ; le baron Coll-Habert et M. Julien Le Blant, ses neveux ; Mme Etienne Siry, sa cousine ; la comtesse Aubaret ; Mmes Chavanes, Marcel Ballot; Jacques Redelsperger, ses cousines ; MM. Jacques Redelsperger et Marcel Ballot, ses cousins; Mlle Marie Renard, Mme Mathilde Louvel, qui lui furent dévouées pendant toute sa vie; M. et Mme Cardot : M. Bergault. » (Le Gaulois)

portrait par Madeleine Lemaire
Portait de Julien Le Blant par sa tante Madeleine Lemaire

Ses œuvres appartiennent aujourd’hui aux musées du Louvre, d’Orsay, du Carnavalet, de Versailles, de Mulhouse ou de Reims.