GEORGE SAND – MAUPRAT

1886 Mauprat de George Sand. Edition A. Quantin, 1886 avec dix compositions par Le Blant, gravées à l’eau-forte par Henri Toussaint.

Les éditions Quantin commandent à Julien Le Blant dix dessins pour illustrer une édition de luxe de « Mauprat », écrit en 1837 par George Sand. Ces illustrations sont réalisées à l’eau-forte par Henri Toussaint. Le graveur Henri Toussaint est né à Paris le 10 avril 1849. Il s’est fait remarquer au Salon de Paris en 1874, puis a été récompensé par des médailles de bronze en 1884 ainsi qu’aux expositions universelles de 1899 et 1900. Il est surtout connu pour ses nombreuses estampes représentant l’architecture de Paris et de villes de province. On lui doit également de belles études sur Oxford, Cambridge et Liverpool, notamment. Henri Toussaint meurt à Paris le 25 septembre 1911.

Le roman raconte une histoire qui se déroule pour la majeure partie dans le Berry à l’aube de la Révolution française au XVIIIe siècle. Un jeune garçon issu d’une famille de seigneurs cruels, les Mauprat, échappe peu à peu à son lourd héritage familial grâce à l’amour qu’il éprouve pour sa cousine, nettement plus civilisée que lui. Si Mauprat est avant tout un roman d’amour et une histoire de famille, c’est aussi un roman d’éducation, une fable philosophique et un manifeste féminin.

Résumé

Bernard de Mauprat a perdu ses parents à l’âge de sept ans. Il est alors tombé sous la dépendance de son oncle Tristan de Mauprat et de ses deux fils qui se sont appliqués à le pervertir. Ces trois hommes, derniers rejetons d’une noblesse féodale sauvage et cruelle, vivent de rapines et terrorisent leur voisinage. Edmée de Mauprat, cousine de Bernard, s’étant malheureusement égarée du côté de la demeure des Mauprat, est capturée par ces derniers. Ces monstres poussent Bernard à violer sa cousine. Abruti par l’alcool, Bernard tente de s’exécuter, mais la jeune fille parvient à le contenir et l’amène à fuir le château avec elle. A ce moment, le repaire des Mauprat est attaqué par la Maréchaussée. La bâtisse brûle et les oncles de Bernard passent pour morts. Le jeune homme est recueilli par le Chevalier Hubert, père d’Edmée. Bernard consent à se civiliser et à faire des études pour plaire à Edmée et qu’elle accepte de l’épouser. Mais comme, malgré tous ces efforts, elle refuse toujours, il part pour l’Amérique avec l’armée de Lafayette. Il y demeure six ans. Lorsqu’il revient en France, et qu’il retrouve Edmée solitaire, il la demande une nouvelle fois en mariage mais elle refuse encore. Ils se disputent violemment. Peu après, Edmée est abattue d’un coup de fusil au cours d’une chasse. Bernard est tout de suite soupçonné d’avoir commis le crime et il est jeté en prison. Edmée, remise, intercède pour lui. On découvre ensuite le vrai coupable : il s’agit d’Antoine de Mauprat qui n’était pas mort dans l’incendie de son château. Après cette ultime épreuve, Edmée décide que Bernard est enfin digne d’elle. Ils se marient et vivent heureux malgré les tremblements de la Révolution.

Critiques de l’époque

« Mauprat est le quatrième volume paru dans cette collection des chefs-d’œuvre et, à notre avis, c’est le plus parfait en tous points sous le rapport de la forme artistique. La typographie est remarquable, le caractère de neuf Didot, spécialement gravé pour la maison Quantin, est net, saillant et par conséquent délicieux à l’œil. Le papier du Marais a été très légèrement teinté et n’a plus les tons crayeux des premiers volumes ; l’amélioration est indéniable et l’éditeur a bien fait de céder sur ce point à l’opinion des amateurs qui n’aiment pas, avec raison, trouver au papier de leurs livres de choix le ton brutal d’un plastron de chemise blanche. Il est nécessaire à l’harmonie d’un livre que la teinte du papier soit sobre, douce avec quelque chose de cette patine de l’ivoire que donne le temps. Mauprat réalise cet idéal.

Il serait superflu de revenir sur le mérite littéraire de cette grande œuvre Mauprat, deux fois célèbre par le roman et par le drame. Le côté épique de cette fiction magistrale est resté dans l’esprit de tous et il ne nous reste qu’à envier le plaisir de ceux qui auront la virginité de cette lecture dans le bel ouvrage publié par la maison Quantin. Ce que nous tenons à louer avant toute chose dans ce livre, c’est l’interprétation de M. J. Le Blant qui a réalisé en véritable artiste les principales scènes du chef-d’œuvre de George Sand.

Le peintre des Chouans était bien l’illustrateur désigné pour Mauprat; son tempérament, non moins que les études où il s’est spécialisé, le préparaient à la compréhension intime de cet ouvrage; aussi vient-il de s’y montrer supérieur, soit qu’il ait eu à traiter des pages sentimentales, soit que son crayon se soit mis en mouvement pour peindre les actions mouvementées et tragiques du drame. Il a procédé en tout et pour tout avec une rare simplicité et il a tiré de sa manière des effets surprenants, tour à tour émus ou poignants. Il n’est point, par exemple, de composition plus touchante que celle qui représente Edmée au chevet de Bernard Mauprat, ni de plus largement dramatique que ce joli tableau digne d’un maitre où l’on voit l’escalade de la Roche-Mauprat. Le dessin de M. Le Blant est large, très aéré et toujours consciencieux et précis. Il ne fignole pas ses personnages jusqu’à préciser les moindres détails de costume, mais il se réserve pour l’ensemble qui reste séduisant et impeccable.

M. Le Blant a d’ailleurs trouvé dans M. Henri Toussaint, l’aquafortiste, un interprète habile et très ingénieux qui a eu le rare mérite de graver dans la manière même du peintre ses grandes pages au fusain. Ses dix eaux-fortes sont délicieuses, fines et vigoureuses en même temps, d’une facture indépendante sans trop de burin ou de pointe. Il a droit à toutes les félicitations des connaisseurs. »

(Revue du monde littéraire)

« La maison Quantin, qui vient d’être réorganisée, continue « la Bibliothèque de luxe des chefs-d’œuvre du roman contemporain ». Après Madame Bovary, Monsieur de Camors et le Père Goriot, voici Mauprat avec dix compositions de Julien Le Blant, gravées à l’eau-forte par H. Toussaint. Le jeune peintre des chouans était tout désigné pour l’illustration de l’admirable roman de George Sand, « le chef-d’œuvre, disait Ernest Bersot, du plus grand écrivain du dix-neuvième siècle » ; il a apporté dans ces compositions toutes les rares qualités ; dessin alerte et sûr, verve spirituelle, interprétation charmante du paysage, intelligence des caractères, que la critique d’art a souvent appréciées en lui. On remarquera surtout parmi ces dix quadro que M. Toussaint a gravés avec une habileté peu commune, celui qui figure Edmée de Mauprat repoussant Bernard de sa cravache — cette scène est traitée comme un petit tableau d’histoire — et celui qui représente Bernard portant Edmée à l’autre bord du ruisseau, — Watteau, plus rustique et moins champêtre, eût signé cette page exquise. Cette composition délicieuse révèle même un côté nouveau du talent de M. Julien Le Blant; on savait son pinceau habile à traiter les scènes de la vie violente et dramatique ; on découvre que son crayon a toutes les délicatesses que réclament les églogues et les idylles. L’exécution typographique, comme celle des précédents volumes, mérite les suffrages des bibliophiles les plus sévères. » (La République française 4 avril 1886)

Pourtant, à en croire le journaliste de l’Intransigeant, tout n’a pas été facile entre l’illustrateur et l’éditeur.

« Quelques détails empruntés au bulletin de la librairie Quantin donneront à nos lecteurs une idée exacte des soins consciencieux apportés par cette maison à l’exécution matérielle et artistique de ses publications : M. Julien Le Blant, le peintre que ses nombreux succès aux Salons et surtout l’Exécution de Charette à Nantes venaient de rendre populaire, nous avait manifesté le désir d’illustrer les Chouans. Nous n’avions pas pensé devoir faire entrer cet ouvrage dans notre collection et pour trouver, dans un ordre d’idées à peu près semblables, un sujet qui convînt également au talent de M. Le Blant, nous lui avions proposé d’illustrer Mauprat. Les choses acceptées et convenues, quand M. Le Blant nous apporta ses compositions, nous crûmes devoir lui demander des retouches assez importantes sur deux d’entre elles. De bonne foi et en galant homme, l’artiste prétendit qu’il avait étudié longuement chaque composition, qu’il n’avait pas craint de recommencer plusieurs dessins, que tous étaient maintenant, après, le soin et le temps qu’il y avait mis, l’expression convaincue de son sentiment artistique et qu’il ne pouvait rien y changer. Rien de plus juste ! Juste aussi nous semblait notre façon, de voir. Le cas devenant litigieux, il n’y avait qu’à prendre un arbitre. Un des maîtres de la peinture moderne, M. Chaplin, consentit à jouer ce rôle et il s’en acquitta avec sa bonne grâce et son tact accoutumés. En réalité, il donna gain de cause à M. Le Blant, qui ne fit aux dessins en question que des retouches insignifiantes. Cette petite histoire n’a d’autre intérêt que de prouver aux amateurs, l’occasion s’en présentant, avec quel souci du mieux nous établissons nos ouvrages. Nous pouvons nous tromper, mais nous sommes en droit d’affirmer que nous avons le respect du public et que nous ne livrons pas en échange de son argent une marchandise quelconque. »  (L’Intransigeant 14 avril 1886)

Mauprat a été réédité en 2008 par Nicole Mozet, avec les Illustrations de Julien Le Blant, aux éditions Simarre dans la collection « Le Voyage immobile ».

Mauprat a aussi connu une version cinématographique réalisée par Jean Epstein en 1926, ainsi qu’une version en téléfilm de deux épisodes réalisé par Jacques Trébouta et diffusé sur la Première chaîne les 7 et 8 janvier 1972.

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