LE DÎNER DE L’ÉQUIPAGE

1884
Huile sur toile
121 x 224 cm
N° inventaire MnM 11 OA 1
Exposé Paris, musée de la marine, palais de Chaillot

En 1884, le peintre a l’occasion de se rendre à l’arsenal de Cherbourg pour son unique incursion dans le thème de la marine militaire. Les portes lui sont ouvertes par le commandant Augustin Emmanuel Félix Marie D’Hombres que Le Blant remercie en réalisant et lui offrant son portrait. Il va aussi faire la connaissance du comte Léon De Champfeu, qui occupe le poste de Capitaine d’habillement, d’armement et de casernement au 1er Dépôt des Équipages de la Flotte, et avec qui il nouera une longue relation d’amitié.

Augustin d’Hombres, commandant de la base de Cherbourg

M. Tessier, dans sa description du port militaire et de l’arsenal vingt ans plus tôt, nous relate l’impression que l’artiste a dû avoir en arrivant :

« En entrant dans le port militaire, on est frappé de la sévérité que présente l’ensemble des différents établissements de la marine. Malgré l’activité des ouvriers et des matelots, tout y est froid et imposant. A droite s’étendent parallèlement deux immenses hangars. L’un sert à mettre à l’abri les matériaux destinés aux constructions navales, tandis que l’autre contient la voilerie, la poulierie, l’atelier des embarcations, la salle des gabarits et celle des modèles. A l’extrémité de ces hangars se trouve la cale Chantereine, où l’on construit de légers bateaux à vapeur, et où les canots des navires viennent chercher les vivres journaliers que leur distribuent les agents des subsistances. Le long des fortifications qui protègent l’arsenal du côté de la rade, nous rencontrons un vaste bâtiment, renfermant l’atelier des forges, des martinets et une fonderie considérable. En le suivant dans toute sa longueur, nous arrivons au musoir Sud de l’avant-port que ferme pendant la nuit une énorme chaîne tirée à fleur d’eau. » (Le port militaire et l’arsenal en 1864 – Émile Tessier)

Base de Cherbourg à l’époque

De ce décor et de ses acteurs, Julien ramènera de nombreux dessins, aquarelles et pour le salon l’un de ses tableaux les plus réputés : Le Dîner de l’Equipage. Sur cette grande toile Julien Le Blant présente une scène originale, celle de la vie d’un équipage à bord d’un cuirassé. Les hommes prennent leur repas entre les canons de la batterie. Ce sujet, très rarement traité, permet d’observer le quotidien du marin, et donne une information intéressante sur les vêtements et le mobilier de l’époque. Une douce lumière entre par les sabords, à gauche, on aperçoit la chaîne qui retient l’ancre, la scène se passe l’avant du navire. Au premier plan au sol, figure l’axe sur lequel le canon effectue sa rotation lors du pointage, avant le tir. Pour l’heure il sert de support à du pain, et à deux bidons à vin. Au fond à gauche, un matelot, pieds nus comme certains de ces compagnons, transporte deux autres de ces bidons. Les ustensiles destinés au repas sont tous en métal (assiettes, couverts, quart de vin), tandis que les gamelles qui servent à apporter les plats sont en bois. On en distingue deux sur la table à proximité du canon.

Le tableau lors de sa présentation au salon de 1884

« Il existe peu de choses au monde qui soient plus capable de nous donner une haute idée du génie de l’homme que l’étude détaillée d’un navire de guerre. Un navire c’est tout un monde, obligé de se suffire à lui-même, pendant les longues traversées où il devra vivre loin de la mère-patrie, entre le Ciel et l’Océan – ces deux abîmes. Aussi faut-il voir avec quelle intelligence pratique tous les besoins si multiples de la vie morale et matérielle de l’équipage ont été prévus – et satisfaits. Il y a là un outillage qui est le dernier mot de la faculté organisatrice. Et quelle admirable propreté jusque dans les parties les plus intimes et les plus reculées de cette demeure gigantesque et flottante.

Et quel ordre admirable, quelle stricte discipline, quelle régularité, – jamais en défaut – président à tous les actes de la vie de l’équipage depuis le branle-bas de combat des grands jours terribles, jusqu’au simple mais confortable Repas de l’Equipage. Le repas de l’équipage ! C’est précisément le sujet très joli et très pittoresque du tableau de M. Le Blant. Rien de mieux peint que sa salle à manger dans l’entrepont d’un cuirassé – avec un canon gigantesque, remplaçant la grosse pièce d’argenterie du surtout. » (Paris-Salon 1884)

« Le Déjeuner de l’équipage, de M. Le Blant, tableau fait pour donner aux plus casaniers la nostalgie des lointains voyages, tant les détails en sont exacts et tant la qualité de lumière entrant par les sabords d’un navire en pleine mer s’y trouve curieusement observée et rendue.» (La Nouvelle Revue)

La Lettre de France. Cette aquarelle des marins de Cherbourg est publiée dans le supplément de Noël du Figaro – 1884/85 – Tirée en chromotypographie par les éditions Quantin, elle a connu un vif succès.

Cette huile sur toile de Julien Le Blant montre une scène de la vie de l’équipage à bord d’un cuirassé vers 1890. Les hommes prennent leur repas entre les canons de la batterie. Ce sujet, très rarement représenté, permet d’observer le quotidien du marin, en plus d’informer sur les vêtements et le mobilier de l’époque.

Au premier plan au sol, figure l’axe sur lequel le canon effectue sa rotation lors du pointage, avant le tir. Pour l’heure il sert de support à du pain, et à deux bidons à vin. Au fonds à gauche, un matelots, pieds nus comme certains de ces compagnons, transporte deux autres de ces bidons.
Les ustensiles destinés au repas sont tous en métal (assiettes, couverts, quart de vin), tandis que les gamelles qui servent à apporter les plats à table sont en bois. On en distingue deux sur la table à proximité du canon.
A gauche, on aperçoit l’imposante chaîne qui retient l’ancre.

Dans quel cuirassé Julien Le Blant a-t-il immortalisé cette scène ? Les marins avoisinent de gros canons de 240 mm ou 270 mm. La Flandre, La Savoie, La Gauloise et La Surveillante étaient à Cherbourg dans les années 1880, les autres cuirassés étaient à Toulon ou à Brest. La Savoie et La Gauloise étaient armées de 8 canons de 240 mm et de 4 de 190 au gaillard. La Flandre possédait 8 canons de 240 et 6 de 190 mm. Quant à La Surveillante, elle avait à son bord des canons de 270 mm. Celle-ci était en réserve à Cherbourg en 1882 avant d’être désarmée fin 1884.

Le tableau exposé au musée de la marine à Paris.

Avec l’adoption de la vapeur et l’apparition d’une artillerie de plus en plus sophistiquée, le marin, mécanicien ou timonier, doit se spécialiser. Différentes écoles sont alors ouvertes pour les former.

Ce tableau fût acquis par l’état lors du Salon de 1884 et déposé au musée de la Marine en 1944 par le Fonds National d’Art Contemporain.

EXÉCUTION DU GÉNÉRAL CHARETTE

huile sur toile  285 cm x 170 cm (1883)

Localisation actuelle : collection privée

Sujet

François-Athanase de Charette de la Contrie, né le 21 avril 1763 à Couffé, près d’Ancenis. Il entre à l’école des Gardes de la Marine en 1779, sert ensuite sous le comte de de La Motte-Picquet et l’amiral de Guichen, obtient le grade de lieutenant de vaisseau en 1787 et compte en 1790, onze campagnes à son actif, dont quelques-unes en Amérique. Le 25 mai 1790, il épouse Marie-Angélique Josnet de la Doussetière et s’établit au manoir de Fonteclose, à La Garnache près de Challans (Vendée). Très vite, il s’ennuie, s’éprend de maîtresses, s’adonne à la chasse et ne manque aucun bal des châteaux environnants. Bien qu’il désapprouve le principe de l’émigration, il part pour Coblence, mais ne tarde pas à revenir en France pour défendre la famille royale aux Tuileries, le 10 août 1792. Il échappe au massacre, mais sur le chemin du retour, il est arrêté à Angers et relâché grâce à l’intervention de Dumouriez. Le 27 mars 1793 (24 Ventôse an I), dans la région de Machecoul où a lieu le massacre, il accepte de se mettre à la tête de paysans du Marais breton venus chercher son commandement au manoir de Fonteclose. Ceux-ci ne sont armés que de piques et de fusils de chasse et sont peu disciplinés. Il parvient ensuite à commander de meilleurs éléments dont des déserteurs républicains, et une cavalerie d’élite composée de nobles et de bourgeois équipés à leurs frais. Le 30 avril 1793 (11 Floréal an I), il parvient à empêcher les Républicains de prendre Legé.

Attaque de Nantes

Après la prise de Saumur en juin 1793, il se joint à l’Armée catholique et royale et Lescure lui demande de participer à la prise de Nantes. Le 29 juin 1793, il arrive le premier avec ses troupes dans les faubourgs de la ville. Il lance l’assaut seul aux aurores sans attendre les renforts de Charles de Bonchamps. Il est le dernier à quitter Nantes; le lendemain, après la retraite de l’Armée catholique et royale et voyant que tout était perdu, il aurait fait un pas de danse par dérision. Deux semaines plus tard, il est de nouveau présent sans les autres groupes, alors que l’attaque devait être combinée. Ses pertes sont élevées et après la perte de quatre canons, les Bleus contre-attaquent.

Le 19 septembre 1793, il participe à la victoire de Tiffauges, mais désobéit avec Lescure et se lance dans la poursuite de Kléber.

Le 30 septembre 1793 (9 Vendémiaire an II), le canon dans l’île de Noirmoutier fait reculer ses troupes. Mais douze jours plus tard, il les fait entrer par la chaussée du Gois à la marée montante pour les forcer à avancer. Les 800 hommes de la garnison sont rapidement capturés et, malgré ses ordres, un sous-chef en fait fusiller 200.

Se sentant dédaigné, il se sépare du gros de l’armée vendéenne qui va subir un désastre au cours de la Virée de Galerne, notamment à Savenay en décembre 1793. Il poursuit la lutte par une guérilla autonome. En mai 1794 Charette réorganise son armée et confirme Pierre Rezeau comme commandant de la division de Montaigu. En 1794, il s’empare du camp républicain de Saint-Christophe, près de Challans, mais moins d’un mois plus tard, le général Nicolas Haxo avec six mille hommes le force à s’enfuir. Il prend sa revanche peu de temps après en encerclant Haxo, qui est capturé et se voit apparemment contraint au suicide.

Traité de paix

A bout de munitions, le 17 février 1795, Charette, ainsi que plusieurs autres chefs vendéens, signe avec les représentants de la Convention le traité de La Jaunaye. Ce traité, signé au manoir de La Jaunaye, à Saint-Sébastien, près de Nantes, établit la liberté religieuse et exempte les insurgés du service armé. Quelques jours plus tard, Charette peut défiler à Nantes aux côtés du général Canclaux et du représentant en mission Albert Ruelle.

Mais la paix ne dure que cinq mois. En juin 1795, Charette reprend les armes au moment du débarquement de Quiberon, reçoit de la poudre, des armes et des fonds des Britanniques à Saint-Jean-de-Monts les 10,11 et 12 août 1795, mais est défait par Hoche.

En juillet, le futur roi Louis XVIII lui écrit qu’il lui confère le grade de général de l’Armée catholique et royale. Ses faits d’armes dépassent de loin le cadre de la guerre de Vendée : il reçoit les félicitations d’Alexandre Souvorov et Dumouriez tente de le débaucher pour rallier la cause de Louis-Philippe d’Orléans.

Tentatives désespérées

En octobre 1795 il tente d’organiser la venue du comte d’Artois, second frère de Louis XVI en Vendée et se porte sur la côte avec 15 000 hommes lorsque le prince se trouve à l’Île d’Yeu. Le futur Charles X ne rejoint pas le continent et Charette est peu à peu abandonné par ses troupes.

Charette fait alors le projet de faire jonction avec les bandes de Stofflet qui se battent encore en Anjou. Mais les colonnes républicaines viennent quadriller la région et il finit par être capturé par le général Travot le 23 mars 1796 dans les bois de la Chabotterie (commune de Saint-Sulpice-le-Verdon) alors qu’il n’est plus suivi que par 32 derniers fidèles.

Exécution à Nantes

Il est condamné à mort le 29 mars 1796 sur la place Viarme à Nantes. Avant d’y arriver, il étonne une fois encore la foule silencieuse qui s’était massée sur la place des Agriculteurs pour assister à l’exécution. S’arrêtant devant son cercueil, il le détaille avec un sourire ironique avant de hocher la tête d’un air approbateur : oui, la caisse est bien à sa taille.

Gravure d’après le tableau

” Monsieur l’abbé, j’ai bravé cent fois la mort. J’y vais pour la dernière fois, sans la braver, sans la craindre”. Charette tient parole : après avoir répondu de la sorte au prêtre qui avait cru devoir l’exhorter au courage. Il s’avance, la tête haute, devant le peloton d’exécution formé de soldats choisis dans le bataillon de chasseurs qui avait réussi à le capturer le 23 mars dans le bois de la Chabotterie. Il refuse de se faire bander les yeux et ordonne lui-même de faire feu par sa célèbre réplique : “Lorsque je fermerai les yeux, tirez droit au cœur”. Dans un dernier effort au moment où les soldats ouvrent le feu, il se jette en avant.

Sa devise était “Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais”. Son souvenir est encore très vivace en Vendée. Une croix, à l’angle de la Place Viarme et de la rue Félibien, commémore cette exécution.

FR3 région consacre un reportage à Charette avec le tableau de Le Blant
Scénographie Charette au logis de la Chabotterie
Vignette du chocolat Planteur d’après le tableau de Le Blant

LE BATAILLON CARRÉ, AFFAIRE DE FOUGÈRES 1793

Huile sur toile 150 x 227 cm  (1880)
Exposé au Salon de 1880 et à l’expo universelle de 1889 à Paris (médaille d’or)
Localisation actuelle : Bibliothèque de l’université de Provo/Utah – USA

Sujet

La deuxième bataille du Rocher de La Piochais (ou de La Plochais) a lieu pendant la Chouannerie. Le 21 décembre 1795, un convoi républicain venu de Fougères tente de ravitailler Saint-Georges-de-Reintembault, assiégé par les Chouans.

La bataille

Les troupes républicaines paraissent au matin, mais elles repèrent l’embuscade et ne tombent pas dans le piège. Les soldats se mettent en formation en lançant des railleries et des insultes à leurs ennemis, puis marchent baïonnette au canon. Les chouans les laissent s’approcher jusqu’à une distance de 20 pas puis ouvrent le feu. La décharge est meurtrière, le commandant ordonne la retraite et les républicains rétrogradent en bon ordre malgré le feu des chouans. Au même moment à l’autre bout de la colonne, Boisguy, à la tête de 400 hommes, enfonce l’arrière-garde et se saisit des voitures de vivres et de pains destinés à ravitailler Saint-Georges. Les républicains sont alors encerclés, les marais sur leurs flancs les empêchent de se replier. À l’avant-garde, le général met sa troupe en formation au carré, Joré fait de même à l’arrière-garde après avoir rallié les fuyards. Mais les soldats républicains, à découvert, restent constamment sous le feu des chouans, protégés par les marais et embusqués derrière les fossés et les haies. Bonteville, Saint-Gilles et Dauguet lancent alors une charge sur le carré de l’avant-garde, les chouans en nette supériorité numérique, l’écrasent rapidement. Le carré de Joré et de ses carabiniers résiste plus longtemps, les chouans y pénètrent un instant, puis en sont délogés, avant qu’une deuxième attaque ne s’avère décisive. Les lignes républicaines sont disloquées et les soldats en déroute s’enfuient vers Fougères. Les républicains subissent ce jour là leur plus lourde défaite face aux chouans en Ille-et-Vilaine.

Gravure tirée des Chouans de Balzac, dessin de Le Blant d’après son tableau en 1889

Bilan

Il est certain que cette bataille se termina par une victoire écrasante des chouans. Dans un premier rapport les administrateurs républicains de Fougères admettent que l’escorte a perdu au moins la moitié des soldats qui la composaient. Les Chouans ont 39 tués et environ 40 blessés selon Pontbriand, qui porte également le nombre des tués républicains à plus de 1 200 et estime qu’il n’y eût pas 200 hommes à rentrer sans blessure à Fougères. Les corps des soldats républicains auraient été enterrés à la prairie de Chevaux-Morts. Cette défaite fut en tout cas vécue comme une véritable catastrophe par les républicains de la région.

“Sur une petite élévation, au centre, un bataillon de soldats républicains, formé en carré, tient tête à une furieuse attaque des chouans qu’on voit monter en désordre sur la gauche, débouchant impétueusement de tous les plis du terrain, armés au hasard de fusils, de sabres, de faux. Quelques-uns sont déjà, corps à corps, aux prises avec les Bleus. Entre les deux groupes, le sol est semé de cadavres et de blessés. Sur la droite on devine d’autres chouans rampant dans les herbes et des pétillements de fumée à l’horizon annoncent encore une attaque lointaine. La vivacité de l’action, grave et calme du côté des Bleus, enthousiaste et furieuse du côté des Blancs, a été rendue par M. Le Blant avec une chaleur et un entrain remarquables. Les types sont observés avec exactitude, la composition est bien groupée sans aucun sacrifice des vraisemblances, l’exécution est vive, précise, harmonieuse. ” Livre d’Or du Salon 1880

“Suspendons un moment notre course, que rend trop hâtive le désir de passer en revue nos plus grandes richesses, et faisons une halte devant le Bataillon carré, de M. Julien Le Blant. L’œuvre est étonnante d’entrain et de mouvement. Une troupe de chouans, coiffés du chapeau aux larges bords, chaussés de sabots, armés de piques ou de faulx, s’élance pour se ruer sur le bataillon carré des soldats de la République qui, immobile comme une forteresse vivante, fait feu sur les assaillants. La fureur de la bataille est dans l’air; elle anime cette plaine tachetée par les flocons de fumée bleuâtre, qu’emplit l’odeur de la poudre, et dont il s’élève de grands cris. Comme ces gens-là se battent bien, corps et âme, sans merci ! Quand ils vont s’aborder, la lutte sera acharnée et terrible. Telle est l’idée qui vous vient devant cette toile. M. Julien Le Blant s’est vu désigné de bonne heure à l’attention de l’opinion publique; jamais, ce me semble, il n’a mieux mérité que cette année la faveur dont il jouit auprès d’elle. Pour ma part, je lui sais un gré infini de ne pas suivre l’exemple de certains de nos peintres militaires, dont les tableaux sont des vignettes agrandies, et qui ne craignent pas de se compromettre avec le métier du photographe.” La peinture au Salon de 1880 : les peintres émus, les peintres habiles / par Roger Ballu

LA MORT DU GÉNÉRAL D’ELBÉE

Huile sur toile 140 x 206 cm (1878)
exposé au Salon de 1878 et acheté par M. Georges Petit de la galerie du même nom.
Localisation actuelle : Salle 3 du musée de Noirmoutier

Ce tableau qui eut un grand succès, et contribua puissamment à classer le jeune artiste à un rang élevé dans l’art, a été acheté par le Musée de Nantes. Il est désigné sous le nom de “tableau de la lutte”, parce qu’un jour de marché de l’année 1884, des paysans s’étant arrêtés devant cette toile, et commentant à haute voix le fait historique représenté, furent interpellés par des ouvriers de la ville ; des mots aigres, on en arriva aux injures et à la bataille, et dans la chaleur de la rixe, les combattants brisèrent une statue et crevèrent un autre tableau qui se trouvait en face.

L’artiste, écrivait un critique connu, M. Olivier Merson, a traduit son programme sans emphase vaine, ni amplification inutile. L’exécution vient d’avoir lieu : tout au fond se distinguent les troupes qui retournent à la ville. Au premier plan, les cadavres ; point d’amis ou d’ennemis qui les entourent ; de curieux nulle part ; et sur cette vaste solitude plane une teinte sombre, triste et grise, vraie couleur de scènes lugubres.

Sujet

Maurice Joseph Louis Gigost d’Elbée est né le 21 mars 1752, à Dresde, d’une famille française établie en Saxe.  Il vint en France en 1777, y fut naturalisé, entra dans un régiment de cavalerie, parvint au grade de lieutenant, donna sa démission en 1783.

En 1793, les paysans de Beaupréau le décidèrent à se mettre à leur tête. Sa troupe se grossit de celles de Bonchamps, Cathelineau et Stofflet. Il servit d’abord sous Cathelineau, fut reconnu pour généralissime après la mort de ce chef, battit les Républicains à Coron et à Beaulieu, mais n’éprouva plus ensuite que des revers. C’est en qualité de généralissime qu’il se trouva, le 30 juillet 1793, à la bataille de Luçon gagnée par les Républicains et dans laquelle il s’exposa aux plus grands dangers et contribua à sauver l’armée vendéenne d’une complète déroute. Une seconde défaite des Vendéens à Luçon, le 13 août suivant, fut encore plus meurtrière.

L’armée royale fut complètement défaite à la bataille de Cholet par le général Kléber. D’Elbée, blessé grièvement dans cette dernière bataille, fut d’abord transporté à Beaupréau, puis à Noirmoutier; trois mois après, les Bleus s’étant emparés de cette île, il fut traduit devant une commission militaire, condamné à mort et fusillé sur la place publique du bourg de Noirmoutier, où on l’avait amené dans un fauteuil parce que ses quatorze blessures ne lui permettaient pas de se tenir debout (le siège a été repris par la famille d’Elbée qui le garda dans leur résidence jusque dans les années 1975, chez le marquis Charles Maurice d’Elbée. Lorsque celui-ci apprit qu’un musée vendéen était en construction à Noirmoutier, il fit don de ce fauteuil, désormais conservé au château de Noirmoutier). Sa femme fut fusillée vingt jours après, en janvier 1794.

Au jugement de plusieurs biographes, d’Elbée fut un homme pieux, d’un courage constant. Ses soldats l’avaient surnommé le général la Providence. De par son côté assez effacé, ce général n’aimait pas se mettre sur le devant de la scène, de sorte que les historiens oublièrent assez longtemps de reconnaître le rôle important qu’il joua dans les guerres de Vendée. Fin stratège, il était très aimé de ses soldats : Turreau dans ses mémoires, dira qu’il avait vu des soldats pleurer en entendant le seul nom de d’Elbée.

Une petite pièce voûtée fut aménagée au XIXème siècle dans le château de Noirmoutier pour abriter les réserves de poudre du château devenu fort militaire.

Aujourd’hui on y présente quelques objets, ainsi que le tableau de Julien Le Blant prêté par le musée des Beaux-Arts de Nantes, qui retracent les événements survenus à Noirmoutier lors de la première guerre de Vendée en 1793.

Copie du tableau – coll. privée

Il retranscrit ici la mort du général d’Elbée, d’après les récits qu’on lui en a fait. Il n’est jamais venu à Noirmoutier, ce qui explique que sa représentation du château et de la place d’Armes ne soit pas fidèle à la réalité. Pourtant, il dépeint un des événements historiques les plus importants qu’ait connu l’île.

Le fauteuil exposé dans la salle serait celui sur lequel Maurice d’Elbée, général des armées vendéennes, a été fusillé en janvier 1794. Il est avéré qu’après avoir été grièvement blessé à la bataille de Cholet, il est venu trouver refuge sur l’île, reprise aux républicains par Charette en octobre 1793. Lorsque les « Bleus » du général Haxo s’emparent de nouveau de Noirmoutier, d’Elbée est rapidement retrouvé puis jugé par un tribunal révolutionnaire, avec plusieurs autres personnalités royalistes ou soupçonnées de l’être.

Condamné à mort, ses blessures l’empêchent de se tenir debout face au peloton d’exécution. Quelqu’un aurait alors décidé d’aller chercher un siège dans une maison proche pour l’y installer malgré tout.

Ce fauteuil, perforé par les impacts de balles, aurait alors été récupéré, et serait celui qui est exposé aujourd’hui.

Critiques de l’époque

Cherchons le drame plus près de nous. Il est très simple et très écrit dans la Mort du général d’Elbée, par M. Julien Le Blant. Il s’agit du général vendéen qui avait succédé à Cathelineau et qui connut si peu la victoire. Saisi au lendemain d’une défaite, il fut fusillé à Noirmoutiers avec deux de ses amis. La scène est au bord de la mer, sur un triste rivage d’un gris blond. D’Elbée, qu’on avait assis dans un fauteuil, vient d’expirer ; à ses pieds, deux cadavres étendus sur le sol avec cette attitude sinistrement gauche que prennent parfois en tombant ceux qui meurent de mort violente. Dans le fond, au bord de la mer, le peloton d’exécution qui s’éloigne. Les théoriciens pourront, lorsqu’ils auront un peu de loisir, disserter à propos du remarquable tableau de M. Le Blant. C’est un excellent exemple de ce système de composition exceptionnelle qui consiste à séparer les groupes au lieu de les unir. Entre les suppliciés et les soldats, un grand espace; un vide énorme entre la mort et la vie. Hiatus tragique. Certains détails, qui pourraient sembler vulgaires, ajoutent à l’impression douloureuse. Le petit fauteuil qu’on est allé chercher dans une maison voisine, dont on a meublé un rivage désert, et sur le bras duquel s’appuie un cadavre, est bourgeois par le style, shakespearien par le sentiment. Le tableau de M. Le Blant, peint avec simplicité, dans une gamme mélancolique, éveille, chez le spectateur une véritable impression de deuil. (Le Temps)

Il y a un sentiment dramatique très bien exprimé dans le tableau de M. J. Le Blant : La Mort du général d’Elbée. « On mit d’Elbée dans un fauteuil et on le fusilla avec Duhoux, d’Hauterive et de Boissy ; son parent Wieland, qui avait rendu Noirmoutier à Charrette, eut le même sort. » C’est par un tempslugubre et noir, aux lueurs indécises du matin, que le peloton d’exécution a fait son œuvre fatale. Les cinq cadavres sont étendus dans la position où les a jetés la mort foudroyante. Puis le silence et la solitude se sont faits autour d’eux. Dans le fond les soldats s’éloignent ; l’effet est saisissant. Il faudra désormais suivre avec intérêt M. Le Blant. (Le Salon)

Le poète Adrien Dézamy, a écrit à propos de ce tableau :

C’était un froid matin de janvier. Sur la place
de Noirmoutier, nul bruit, que le bruit de la mer
Et des pas mesurés faisant craquer la glace …
On sentait comme un vent de mort passer dans l’air.
C’est qu’en effet, dans l’île, un arrêt militaire
Vient d’être exécuté ce matin-là. Comptez :
Trois Vendéens couchés la face vers la terre
Près d’un mur, sur le sol, gisent ensanglantés.
Un quatrième, ceint de son écharpe blanche,
Front meurtri, bras pendants, est assis au milieu
Sur un large fauteuil. Sa tête qui se penche
Semble à ses compagnons dire un dernier adieu.
Sur lui plus d’un regard tombe à la dérobée ;
Les soldats qui s’en vont, pâles, presque tremblants,
Se le montrent des yeux et disent : C’est d’Elbée,
“Le blessé de Cholet, le général des Blancs !”
Eh bien ! oui ! C’est d’Elbée ! un généralissime !
Mais pour qui la connaît la mort est sans effroi,
Et l’on peut de sa vie, alors, payer ce crime
D’avoir été fidèle à Dieu, comme à son Roi !
Maudits soient les combats et les guerres civiles
Qui font par les vaillants fusiller les héros,
Et qui, pour apaiser les hameaux et les villes,
Transforment, sans merci, des soldats en bourreaux !

HENRI DE LA ROCHEJACQUELIN

Huile sur toile   (1879) – Vente Leroux 1888

Localisation actuelle inconnue.

Gravure tirée du tableau.

Sujet

À sa sortie du collège militaire de Sorèze, où il a été élevé, Henri de La Rochejaquelein entre au régiment de Royal-Pologne cavalerie, dont son père, le marquis de La Rochejaquelein, est colonel propriétaire, puis il passe aux chasseurs de Flandre qu’il abandonne pour faire partie de la garde constitutionnelle du roi. C’est à ce titre qu’il reçoit le baptême du feu en participant, le 10 août 1792, à la défense des Tuileries.

Guerres de Vendée

Rentré dans ses terres, en Vendée, il refuse de se soumettre à la conscription décrétée par la République et, au printemps de 1793, il rallie quelques dizaines de paysans auxquels il aurait dit alors, dans la cour de son château de La Durbellière, les paroles fameuses : « Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi ! »

Il commence par avancer, s’empare de Bressuire le 2 mai, puis de Fontenay, et le 8 juin fait son entrée dans Saumur, ayant donné, en montant le premier à l’assaut, l’exemple d’une fougue et d’une valeur auxquelles Kléber sera le premier à rendre hommage. Ses succès ne le grisent pas et, toujours maître de lui, il modère l’ardeur vengeresse de ses hommes qui veulent faire subir aux républicains la loi du talion : « Si vous agissez comme ceux qui font le mal, leur dit-il, où est la bonne cause ? »

Partisan d’une marche rapide sur Paris, pour s’emparer de la capitale et délivrer Louis XVII, il y serait peut-être parvenu si les avis des autres chefs royalistes, entre autres ceux de Donnissan et du prince de Talmont, n’avaient prévalu. On décide de se porter en Bretagne pour y rejoindre un corps expéditionnaire anglais attendu à Saint-Malo. La « grande armée catholique et royale », à la tête de laquelle il a succédé à d’Elbée comme généralissime, s’égare en Bretagne, suivie d’une masse de femmes, d’enfants et de bétail qui gênent ses opérations. La Rochejaquelein s’empare de Laval, de Fougères, d’Avranches, mais il échoue devant Granville et doit rebrousser chemin, harcelé par Marceau, Kléber et Westermann. Battu au Mans le 12 décembre 1793, il éprouve un nouveau désastre au passage de la Loire où ce qui reste de son armée est taillé en pièces.

Vaincu, calomnié par ses rivaux, abandonné par beaucoup, Henri de La Rochejaquelein s’enfonce dans le bocage vendéen pour y continuer, avec quelques fidèles, une lutte sans espoir. Il est tué dans un engagement, le 28 janvier 1794. Il n’avait que vingt et un ans.

Vitrail de l’église Saint Pavin – Le-Pin-en-Mauges, d’après le tableau de Le Blant.

LE 9e DE LIGNE DE LA MOSKOVA

Huile sur toile  (1888)

Localisation actuelle : En attente d’un nouveau musée de l’infanterie (normalement Draguignan). Anciennement au musée de l’infanterie de Montpellier.

« M. le ministre de la guerre se propose de faire exécuter, pour chacun de nos régiments, un tableau signé de l’un de nos peintres en renom et représentant le haut fait particulier à chacun de ces régiments. M. Turquet, désireux de s’associer à l’entreprise, a demandé de prendre les dix premiers de ces tableaux au compte du ministère des beaux-arts. Ces dix tableaux ont été distribués à MM. Protais, Berne-Bellecourt, Dupray, Le Blant, Lewis-Brown, Delahaye, Renard, Artus, Aimé Morot et Sergent. Plusieurs de ces tableaux figureront, assure-t-on, au prochain Salon. » (Chronique des Arts et de la Curiosité)

Le Blant se voit offrir 5000 francs (environ 16’500 euros actuels) pour réaliser une œuvre sur le thème du 9e de ligne de la bataille de la Moskova.

« L’heure des revers a sonné. On est en 1812, en Russie. C’est cette terrible bataille de la Moskowa qui nous fit perdre tant de monde. Tandis que le général Caulaincourt est mortellement blessé à la tête du 5e cuirassiers, le prince Eugène a pris le commandement du 9 de ligne et le conduit à l’attaque de la redoute de Borodino, qu’il enlève. C’est Julien Le Blant qui va servir, avec son habileté ordinaire, leur part de gloire à nos bons petits fantassins. » (Le Gaulois du 4 octobre 1886)

Tous les critiques ne s’accordent pas sur la réussite de l’œuvre et la stratégie utilisée par son auteur pour décrire les combats :

« L’enlèvement de la redoute de Borodino, par le « 9e de ligne de la Moskova », sous la conduite du prince Eugène, dû au pinceau de M. Julien Le Blant, nous donne la sensation de la mêlée. Seulement, cette sensation est gâtée par la vue des soldats du premier plan qui, trop penchés, trop tendus, semblent près de tomber. » (Le Radical)

« Le peintre a choisi le moment où, conduit par le prince Eugène, le Troisième enlève à la baïonnette la grande redoute de Borodino. Il y a dans cette page assurément beaucoup d’entrain et de vigueur. Les petits lignards, un peu étranges avec leurs pantalons blancs et leurs énormes schakos, s’élancent vaillamment contre l’ennemi déjà culbuté. Au centre, la figure élégante et sévère du prince Eugène dessine son mâle profil sur la fumée blanche. Au loin on aperçoit les cuirassiers abordant la redoute par un autre côté et commençant à sabrer les Russes pris de flanc. Tout cela est puissamment rendu. Il semble qu’on entende le canon gronder et pétiller la fusillade. Néanmoins ce tableau, quoique fait sur commande, ou peut-être à cause de cela, est loin d’offrir l’originalité et le curieux intérêt des œuvres précédemment exposées par l’artiste. » (Le Salon)

« Parmi les peintres militaires, je ne m’arrête pas à M. Le Blant, qui a été souvent plus heureux que cette année et dont j’attends une revanche. » (Lettres et Arts)

Gravure d’après le tableau

Sujet

La bataille de la Moskova, ou bataille de Borodino, opposa la Grande Armée commandée par Napoléon Ier à l’armée impériale russe menée par le feld-maréchal Mikhaïl Koutouzov. Elle a lieu le 7 septembre 1812 à proximité du village de Borodino, à 125 kilomètres de Moscou. Le nom de Moskova, plus évocateur que celui de Borodino, est choisi par Napoléon pour désigner cette bataille, et fait référence à la rivière qui coule à plusieurs kilomètres du champ de bataille et non au lieu où se déroulèrent les combats. Qualifié de « bataille des géants », elle est la plus importante et la plus sanglante bataille de la campagne de Russie, impliquant plus de 250 000 hommes pour des pertes estimées à 70 000 hommes.

Préparatifs

Depuis son entrée sur le territoire russe, Napoléon souhaite engager une bataille décisive face à un ennemi qui ne cesse de se dérober. Cette campagne qu’il entreprend comme une guerre purement politique, nécessite une victoire éclatante afin d’obliger le tsar Alexandre Ier à demander la paix et à conclure un nouveau traité d’alliance favorable à la France et à sa stratégie de blocus continental. Côté russe, le tsar, faisant face à des dissensions entre ses généraux quant à la stratégie à adopter, nomme Koutouzov commandant en chef de ses armées le 18 août. Ce dernier, après avoir laissé la Grande Armée s’approcher de Moscou sous les harcèlements incessants des cosaques, se décide enfin, aux portes de celle-ci, à fortifier ses positions et à livrer bataille.

La bataille

Au cours de cette confrontation, les Français réussissent à s’emparer des principales fortifications russes, dont la redoute Raïevski et les « flèches » défendues par le général Piotr Bagration, qui est tué lors de l’assaut. La victoire est française dans la mesure où Napoléon contraint les forces russes à battre en retraite et s’ouvre la voie vers Moscou. Cependant, cette victoire est une victoire à la Pyrrhus : les pertes de chaque côtés sont immenses (environ 30 000 soldats français tués ou blessés pour 45 000 côté russe) et bien que fortement réduite, l’armée russe qui dispose de réserves peut encore représenter une menace. Ainsi, Koutouzov, sans raison aucune (il n’a pas réussi à bloquer la route de Moscou et a perdu plus d’hommes que Napoléon), affirme qu’il à triomphé de l’ennemi à Borodino, le nom russe de la bataille.

Etude pour le tableau

La redoute Raïevski

Les cuirassiers saxons de La Tour-Maubourg attaquent les cuirassiers russes. La redoute Raïevski se trouve à droite, dans la fumée. À l’arrière-plan, on distingue l’église de Borodino. Détail du Panorama de Borodino.

Pendant ce temps, Eugène de Beauharnais pénètre dans Borodino après de durs combats contre la Garde russe, et progresse vers la redoute principale. Cependant ses troupes perdent leur cohésion, et Eugène doit reculer sous les contre-attaques russes. Le général Delzons se place alors devant Borodino pour protéger le village. Au même moment, la division Morand progresse au nord de Semionovskoïe, tandis que les forces d’Eugène franchissent la Kalatcha en direction du Sud. Eugène déploie alors une partie de son artillerie et commence à faire refluer les Russes derrière la redoute. Appuyés par l’artillerie d’Eugène, les divisions Morand et Broussier progressent et prennent le contrôle de la redoute. Barclay lui-même doit rallier le régiment Paskevitch en déroute. Koutouzov ordonne alors au général Iermolov de reprendre la redoute ; disposant de trois batteries d’artillerie, ce dernier ouvre le feu contre la redoute tandis que deux régiments de la Garde russe chargent la position. La redoute repasse alors aux mains des Russes.

L’artillerie d’Eugène continue à pilonner les Russes alors qu’au même moment, Ney et Davout canonnent les hauteurs de Semionovskoïe. Barclay envoie des renforts à Miloradovitch, qui défend la redoute tandis qu’au plus fort de la bataille, les subordonnés de Koutouzov prennent toutes les décisions pour lui : selon les écrits du colonel Clausewitz, le général russe semble être « en transe ». Avec la mort du général Koutaïsov, qui commandait l’artillerie russe, une partie des canons, situées à l’arrière des lignes russes, sont inutilisés, tandis que l’artillerie française fait des ravages dans les rangs russes.

Nouvel assaut

À 14 heures, Napoléon ordonne un nouvel assaut contre la redoute. Les divisions Broussier, Morand et Gérard doivent charger la redoute, appuyés par la cavalerie légère de Chastel à droite et par le second corps de cavalerie de réserve à gauche. Le général Auguste de Caulaincourt ordonne aux cuirassiers de Wathier de mener l’attaque contre la redoute. Observant les préparatifs français, Barclay déplace alors ses troupes pour renforcer la position, mais elles sont canonnées par l’artillerie française. Caulaincourt mène personnellement la charge et parvient à enlever la redoute, mais il est tué par un boulet. La charge de Caulaincourt fait refluer la cavalerie russe qui tente de s’opposer à elle, tandis que la gauche, où Bagration a été mortellement blessé, et le centre russe, sévèrement mis à mal, donnent des signes de faiblesse. À ce moment, Murat, Davout et Ney pressent l’Empereur, qui dispose de la Garde impériale en réserve, de l’engager pour porter l’estocade finale à l’armée russe, mais celui-ci refuse.

Barclay demande alors à Koutouzov de nouvelles instructions, mais ce dernier se trouve sur la route de Moscou, entouré de jeunes nobles et leur promettant de chasser Napoléon. Toutefois, le général russe se doute bien que son armée est trop diminuée pour combattre les Français. Les Russes se retirent alors sur la ligne de crête située plus à l’est. Napoléon estime que la bataille reprendra le lendemain matin, mais Koutouzov, après avoir entendu l’avis de ses généraux, ordonne la retraite vers Moscou. La route de la « Ville sainte » est ouverte à la Grande Armée.

Esquisse préparatoire pour le tableau

Bilan

Les pertes sont très élevées dans les deux camps. La Grande Armée perd environ 30 000 hommes : selon P. Denniee, inspecteur aux revues de la Grande Armée, il y aurait eu 6 562 morts, dont 269 officiers, et 21 450 blessés1. En revanche, selon l’historien Aristide Martinien, les Français perdent au total 1 928 officiers morts ou blessés, incluant 49 généraux4. Les Russes perdent environ 44 000 hommes, morts ou blessés, dont 211 officiers morts et 1 180 blessés. 24 généraux russes furent blessés ou tués, dont Bagration qui meurt de ses blessures le 24 septembre et Toutchkov5. Du côté français, le manque de ravitaillement, causé par l’allongement des lignes d’approvisionnement, pour les soldats valides fait que certains blessés meurent de faim ou de négligences dans les jours qui suivent la bataille.

Conséquences

Les Français prirent Moscou (à 125 km) le 14 septembre. Le soir même, d’immenses incendies ravagent la ville. Les derniers feux seront éteints le 20 septembre au soir. Moscou, essentiellement construite en bois, est presque entièrement détruite. Privés de quartiers d’hiver et sans avoir reçu la capitulation russe, les Français sont obligés de quitter la ville le 18 octobre pour entamer une retraite catastrophique.

La bataille de la Moskova est considérée comme une victoire tactique française. Elle ouvre la voie de Moscou à Napoléon. Les pertes françaises, quoique très importantes, restent inférieures au nombre de morts et blessés russes.

Bien que la bataille ait été vue comme une victoire pour Napoléon, des historiens contemporains considèrent Borodino comme une victoire à la Pyrrhus6. Murat et le vice-roi Eugène de Beauharnais, cités par Philippe de Ségur dans son Histoire de la Grande-Armée pendant l’année 1812, font état de l’inertie et de l’indécision de Napoléon pendant cette bataille, comme si son génie en avait été absent. En fait, l’Empereur avait souffert d’une fièvre et de douleurs qui, en affectant sa santé, l’avaient privé de ses facultés habituelles de stratège extraordinaire.

L’Empire russe a aussi revendiqué la victoire, les troupes s’étant repliées en bon ordre. La Russie affirma sa revendication sur la victoire en nommant une classe de cuirassé classe Borodino à la fin du XIXe siècle. En 1949, l’URSS fonda la ville de Borodino dans le kraï de Krasnoïarsk.

Notes préparatoires de Julien Le Blant

L’Enlèvement de la redoute est également une courte nouvelle de Prosper Mérimée, publiée en septembre 1829 dans La Revue française. Il s’agit de l’évocation d’une surprenante densité de la prise de la redoute de Chevardino ou Schewardino (dans sa nouvelle, Mérimée écrit Cheverino), qui eut lieu le 5 septembre 1812, deux jours avant la bataille de Borodino. La source de cette nouvelle aurait été inspirée à Prosper Mérimée par le témoignage oral d’un lieutenant. La nouvelle donne une image peu reluisante de la guerre.

La Librairie des Bibliophiles réédite La Mosaïque en 1887 avec un dessin de Le Blant pour illustrer L’Enlèvement de la redoute.

Gravure “L’Enlèvement de la redoute

EXPOSITIONS RÉCENTES

Du 17 novembre 2018 au 20 janvier 2019, les soldats de la division marocaine de Julien Le Blant sont exposés au Theodor-Zink-Museum (musée de la ville de Kaiserslautern) dans le cadre d’une exposition sur la fin de la première guerre et la présence des troupes alliées dans cette région.

Zink Kaiserslautern
division marocaine, grande guerre, 14-18
cof

En 2014, Julien Le Blant a été exposé à la Maison Ravier à Morestel en Isère du 6 juillet au 11 novembre dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Guerre.

La Maison Ravier a proposé une exposition inédite autour de l’amitié du peintre François Guiguet de Julien Le Blant pendant les quatre années de guerre.

Ravier, Morestel
exposition, Le Blant, guerre 14-18

 Chemins de fer et Première Guerre mondiale

La gare et les soldats qui y passent ont inspiré les artistes. Dans le cadre de la célébration du centenaire de la Première Guerre mondiale, des dessins réalisés par Julien Le Blant, ont été présentés lors du colloque “Gare en guerre, 1914-1918”  à la Mairie du 10e arrondissement du 3 au 5 septembre 2014.

 Le Blant – Steinlen … une certaine parenté pour ne pas dire une parenté certaine !

 En 2010, des dessins de poilus de Julien Le Blant étaient exposés pour la première fois depuis près d’un siècle au Château de St-Maurice en Suisse dans le cadre de “Carnets de Voyage”.

château, St-Maurice, Valais
château, St-Maurice, Valais

MONDANITÉS

Du salon aux salons

Peintre remarqué lors du salon annuel de peinture, Julien Le Blant était un invité des salons mondains organisés par des femmes cultivées de la fin du XIXe siècle. Deux de ces salons ont été réputés par la qualité des personnalités qui les ont fréquentés : celui de la princesse Mathilde, cousine de l’empereur Napoléon III et celui de l’artiste peintre Madeleine Lemaire, tante de Julien Le Blant.

Ces dames avaient coutume d’utiliser un éventail comme livre d’or.

Sur ces éventails, la signature de Julien Le Blant côtoie, entre autres, celles de Degas, Bonnat, Forain, Detaille, Dumas, Gounod ou Maupassant.

éventail, livre d'or, salons du 19e siècle, Paris, Madeleine Lemaire, Proust
Un dessin de chouan de Le Blant sur l’éventail de la princesse Mathilde

Proche des frères Menier

Julien Le Blant gagne très bien sa vie. Il fréquente les hommes politiques et les industriels comme les frères Menier, qui ont fait fortune dans la chocolaterie. Il est invité dans leur pavillon de chasse de Villers-Cotterêts et sur le Velleda, leur yacht de croisière.

Le yacht de M. Menier est en Méditerranée, à destination d’Alexandrie, ayant à son bord son propriétaire et deux amis, au nombre desquels le peintre Julien Le Blant. (Le Figaro 9 mai 1888)

Le Velleda, steam-yacht d’Henri Menier, est l’un des trois plus grands de la flottille de plaisance du moment. Il est capable, grâce à sa voilure, de filer 14 nœuds. C’est aussi le premier yacht français à avoir « tâté de la banquise » en juillet 1886. Les 330 tonnes de charbon stockés dans les soutes lui garantissent trente-cinq jours de marche sous vapeur sans ravitailler, ce qui l’autorise à accomplir les plus grandes traversées du globe. Il est muni de tous les perfectionnements les plus nouveaux, machines à gouverner, machine et ventilateurs électriques, machines réfrigérantes et chambres froides pour la conservation des viandes fraîches et denrées périssables. Le Velléda, avec ses emménagements où le luxe le dispute au confort, est le yacht type de grandes croisières de cette fin de siècle.

Amateur photographe très éclairé, Henri Menier réunit un lot de 600 vues de paysages hyperboréens et des côtes du Spitzberg. Cette collection unique à l’époque lui vaut une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889.

En 1895, il achète même l’île d’Anticosti dans le golfe du Saint-Laurent au Canada pour en faire une réserve privée de chasse et de pêche et y fonde Port-Menier. En avril 1913, il acquiert le domaine et le château de Chenonceau.

DOMICILES

Domiciles de Julien Le Blant à Paris

Véritable peintre parisien, Julien Le Blant a toujours eu un domicile dans la capitale, même s’il a souvent passé une partie de l’année dans son manoir de Rholan en Corrèze.

Si quelques dates nous manquent, nous pouvons toutefois suivre son parcours grâce à quelques lettres et aux adresses mentionnées dans les catalogues d’expositions.

1. Rue Tronchet 4 (Naissance)

2. Rue du Luxembourg 41 (Actuelle rue Cambon- maison paternelle voisine des Lemaire)

3. Rue Leroux 7 (Maison paternelle 2e mariage)

4. Rue Clauzel 5 (1874 – 1877)

5. Rue de la Rochefoucauld (1877 -)

6. Av. de Trudaine 3 (chez M. Eliot) (1882)

7. Rue Pelouze 5 (1883 – 1893?)

8. Rue Guyot 32 (Actuelle rue Miromesnil) (1893 ? – )

9. Rue Caumartin 19 (1905 – )

10. Rue de la Tour 129 (1914 – ?)

11. Av. Duquesne 13 ( ? – 1936)