DE CHAMPFEU

Pierre de Champfeu

Pierre de Champfeu est né le 22 juin 1894. Il est le fils du comte Léon de Champfeu officier de marine à Cherbourg. Sa maman est une De Nanteuil.

Pierre de Champfeu par Le Blant en février 1916

Sous-lieutenant de cavalerie, il passe, sous sa demande, au 4e régiment de marche des Zouaves. Le 23 octobre 1917, il participe à l’attaque du fort de Malmaison. Grièvement blessé à la cuisse, il meurt le 14 décembre 1917 à l’hôpital militaire de Paris, d’un tétanos consécutif à l’amputation.

Lettre de Léon de Champfeu à Le Blant Le 9 février 1918, le comte de Champfeu écrit à son ami Le Blant pour lui demander d’intercéder auprès du peintre Guiguet pour la réalisation d’un portrait de son fils.

[…] Je fais faire le portrait de mon fils, soldat glorieux, pour perpétuer son souvenir parmi ceux qui viendront après nous ; certes ! C’est bien certain, mais je le fais aussi pour avoir la jouissance et je ne voudrais pas mourir avec la seule satisfaction de penser que ma succession le possèdera, ce ne serait pas assez ! […]

[…] Je m’arrangerai pour faire parvenir à Lyon les décorations et la chéchia, le ceinturon, tout cela tiendra dans un petit carton et pourra être remis à M. Guiguet. Une petite photo que j’enverrai plus tard indiquera comment mon fils portait la chéchia et sa fourragère, tous ces petits détails qui auront leur importance pour mon cœur paternel brisé.

Julien Le Blant écrit le même jour à Guiguet (Paris, 9 février 1918)

[…] Vous vous souvenez sans doute d’un jeune zouave qui a été tué et dont je vous avais parlé. Son père en venant m’annoncer sa mort m’avait dit : « Je voudrais un portrait de mon pauvre Pierre par votre ami Guiguet. Il est revenu et il le veut. […]

[…] Oui, ce pauvre petit (car je relis la lettre du père) m’appelait son oncle. Je l’avais retrouvé sur l’Aisne et, à l’Etat-Major, on l’appelait mon neveu. Je l’ai quitté le 23 septembre et le 23 octobre il avait la cuisse arrachée. Je l’aimais beaucoup. […]

[…] Je vous envoie sa lettre et la photo qu’on pourra vous donner ; cette photo est excessivement ressemblante et je trouve la pose très bonne, son père aussi. Il s’agira de le faire en zouave au lieu de ce costume de chasseur. On vous donnera une petite photo en officier de zouave. Elle n’est pas bonne mais on voit comment il porte sa chéchia. […]

[…] Je lui ai dit, je vais demander à Guiguet un beau dessin comme il sait si bien les faire. Il se servira de la photo comme mouvement et comme coupe. Le dessin aura 45 centimètres de hauteur, ce qui ferait la photo agrandie trois fois environ. […]

[…] Je dois vous dire que c’est une famille de soldats. Il y a des portraits de Champfeu chez eux depuis Louis XIV et mon ami, qui est ancien officier de marine, veut que Pierre soit avec ses ancêtres morts pour la France.

 […] Je pars lundi pour Soissons. […] Je vais me trouver dans un centre d’américains.

Il paraitra dans les Lectures pour Tous du 15 mars prochain un article d’H. Bordeaux sur l’affaire de la Malmaison par les 4e zouaves où il est question de Pierre de Champfeu qui y fut si grièvement blessé. […]

Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, 17 février 1918 :

[…] Il veut que sur le portrait de Pierre de Champfeu, il y ait sa croix de la Légion d’Honneur, sa croix de Guerre avec ses citations […]

Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, 7 avril 1918

[…] Nous avons vu jeudi notre ami de Champfeu, il fait peine à voir ; il est malade et triste comme la mort : son autre fils est avec son bataillon là où l’on se bat, sa fille est gravement malade. C’est abominable. Il m’a demandé si je savais quelque chose de vous. Il ne pense qu’à ce portrait […]

Etude préparatoire au portrait de Pierre de Champfeu par François Guiguet (1860 – 1937).
Enfant, à la chéchia du 4e zouave, 28 avril 1918.
(pastel et pierre noire sur papier gris, coll. Maison natale de Guiguet, ville de Corbelin)

Lettre de Le Blant à Guiguet, Paris, sans date  

[…] Il est assis devant le portrait et pleure comme un enfant […]

portrait de Pierre de Champfeu par François Guiguet

Comte de Champfeu à Guiguet , Paris, 7 mai 1918 :

[…] Votre envoi est arrivé…Merci ! Oh oui, merci de tout mon cœur brisé mais heureux d’avoir ce souvenir de mon cher enfant, souvenir admirable, c’est encore plus ressemblant que la photographie et c’est bien vrai ! c’est vivant ! Je me permets de vous dire que je n’ai jamais vu depuis les maîtres de la fin du 18ème siècle, de dessins en couleur comme les vôtres. Les ombres sont de pures merveilles. Ah ! il n’y a pas à y retoucher, il n’y a pas à pousser davantage, votre œuvre, elle est au point telle qu’elle est, elle est parfaite. Je veux espérer encore que mon second fils qui aimait tant son aîné, la verra et que nous le reverrons lui ! Nous n’avons pas encore de nouvelles, hélas ! […]

Lettre de Le Blant annonçant à Guiguet la mort de Jacques de Champfeu, Paris, mai 1918 :

[…] Mon cher Ami, le malheur s’acharne sur mon ami de Champfeu. Son second fils est tombé le 26 mars […]

Comte de Champfeu à Guiguet, Paris, 23 février 1919

[…] Votre lettre du 20 février me confirmant dans les termes les plus affectueux ce que vous avez écrit à Le Blant concernant votre acceptation du portrait de mon second fils, m’a bien touché. Votre retard à me répondre est tout pardonné […]

Monument aux morts d’Etretat. Les noms des deux frères de Champfeu figurent à droite sous 1918.

Le comte Léon de Champfeu

Léon de Champfeu est né le 21 mai 1848 à Moulins dans l’Allier. Il entre dans la Marine en 1864 au port Cherbourg. Il est nommé aspirant le 2 octobre 1867, puis enseigne de vaisseau le 2 octobre 1872. Au 1er janvier 1879, sur le croiseur “Kerguelen”, Division navale des mers de Chine et du Japon sous les ordres du commandant Etienne Mathieu. Il nommé au poste de lieutenant de vaisseau le 1er mai 1880.

Il est stationné à Cherbourg entre janvier 1881 et décembre 1884. C’est très certainement lors de la visite de Julien Le Blant au port de Cherbourg en 1884 qu’il fait sa connaissance. En 1885 et 1886, il navigue sur le croiseur “Fore”, division navale de l’Atlantique Nord sous le commandement d’Henri D’Abel de Libran.

Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 8 juillet 1885. Entre 1889 et 1899, il occupe le poste de Capitaine d’habillement, d’armement et de casernement au 1er Dépôt des Équipages de la Flotte à Cherbourg. Il est élevé au titre d’Officier de la Légion d’Honneur le 11 juillet 1899.

Versé dans la réserve le 9 octobre 1899, port Cherbourg, il décède le 3 septembre 1926 à Versailles.

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