Figaro-Salon
1890 p.47 – vente New-York 1911 – Vendu par Silla Fine Antiques en 2014
L’année 1890 est
celle de la scission entre la Société des artistes français et la Société
nationale des beaux-arts. A Paris trois salons ouvrent leurs portes à un public
quelque peu désorienté : Les Indépendants exposent du 20 mars au 27 avril
au Pavillon de la Ville de Paris, la Société des Artistes français du 1er
mai au 30 juin au Palais des Champs-Elysées et la Société nationale des
beaux-arts, du 15 mai au 30 juin au Palais des beaux-arts du Champ-de-Mars.
C’est aux Champs-Elysées que Le Blant accroche Le Billet de Logement.
Le billet de logement est un acte
administratif, délivré par le maire d’une commune, qui enjoint à un habitant de
cette commune de loger des militaires de passage, et parfois leurs chevaux. Il
peut aussi les obliger à les nourrir et les entretenir.
Il permet ainsi à des militaires d’être
logés temporairement si la ville ne dispose pas de caserne pour les accueillir.
Cette pratique vaut aussi en temps de paix, lors des manœuvres, etc. Il est
très utilisé pour réquisitionner les logements pour les nombreux mercenaires
étrangers de l’armée napoléonienne qui avaient « un nom à coucher dehors »,
d’où l’expression « à coucher dehors avec un billet de logement ». Cette
pratique n’est pas spécifiquement française : elle s’observe dans d’autres
pays.
Il s’agit d’un travail exceptionnel en huile sur panneau dépeignant avec des couleurs vives et des détails parfaits une paire de soldats livrant un billet à un compatriote. Les deux soldats semblent épuisés, sales et transpirant, alors qu’un vieil homme prend connaissance du document. L’arrière-plan s’estompe, laissant place aux maisonnettes du village et au sentier sinueux sur lequel des poulets se promènent librement. Au premier plan les trois figures sont absolument nettes, vivantes et expressives. Tous les détails sont saisis avec justesse, des boucles d’oreilles aux traits marqués du vieux civil aux jambes boueuses des soldats.
« M. Julien Le Blant n’a plus consacré son pinceau aux hauts faits des chouans ; il a bien fait, car son Billet de logement est un tableautin où un petit incident des guerres héroïques de la Révolution est reproduit avec une finesse et un esprit de bon aloi. » (La République française 12 mai 1890)
Présenté au salon 1886, hors concours et acheté par l’Etat. Ce tableau a pris place pendant quelques années dans le salon précédant le cabinet du président de la République avant d’être transféré en 1908 au musée de Troyes.
Localisation actuelle : Musée des Beaux-Arts de Troyes
Sujet
La bataille de Fère-Champenoise qui s’est déroulée le 25 mars 1814 a opposé l’armée française de Napoléon Ier et les armées de la Sixième Coalition durant la campagne de France. La bataille se solde par la défaite de l’armée française et ouvre aux troupes alliées la route de Paris.
Les Français se réorganisent
L’épisode
raconté dans le tableau se déroule le 25 mars vers 14h30. L’armée française
poursuit sa retraite. La cavalerie ennemie est à son tour stoppée par le ravin,
ce qui fait gagner un peu de temps aux Français et leur permet de se
réorganiser. Mais déjà la cavalerie de Pahlen débouche sur la gauche par Normée
sur Fère-Champenoise et celle du Grand-duc déborde sur la droite par Vaurefroy.
Une nouvelle charge sur le centre de la ligne désorganise l’armée française,
qui ne forme plus qu’une immense colonne de carrés le long de la route autour
de laquelle tournoient les cavaliers autrichiens et russes. La cavalerie française,
totalement désorganisée est en partie au milieu des carrés français, en partie
débandée en arrière de Fère-Champenoise où elle tente de se reformer. À ce
moment, le 9e régiment de marche du colonel Leclerc (division Noizet) débouche
de Fère-Champenoise, et par une charge vigoureuse parvient à dégager la colonne
française. Les cavaliers ennemis se replient pour reformer leurs lignes.
Le 25, à six
heures du matin, le maréchal Mortier, remonta la rive gauche de la Somme-Soude
avec son avant-garde tandis que trois divisions de la garde se portaient sur
Soudé-Notre-Dame. Le même jour, eut lieu le combat de la Fère-Champenoise,
combat des plus malheureux, et qui fit craindre un instant la destruction
entière de l’armée.
La charge de la cavalerie russe
L’engagement durait depuis sept heures du matin, et les maréchaux Mortier et Marmont se flattaient de gagner les hauteurs de la Fère-Champenoise en combattant, lorsqu’une affreuse giboulée vint augmenter l’embarras du mouvement rétrograde sur Connantray. La cavalerie russe, favorisée par cette averse qui fouettait le front de la ligne française, chargea les cuirassiers à peine reformés, les culbuta sur l’infanterie, et leur enleva deux pièces d’artillerie. Les divisions de la jeune garde n’eurent que le temps de se former en carrés; deux de la brigade Jamin furent sabrés et le général pris; ceux de la brigade Le Capitaine perdirent leur artillerie, et souffrirent beaucoup sans avoir été entamés. Pour surcroit de malheur, l’orage grossissait; il grêlait avec violence, aucune amorce ne prenait, et l’on ne pouvait faire usage que de la baïonnette. Dans cet horrible désordre, l’on ne se distinguait plus à trois pas, et deux fois les maréchaux se refugièrent dans les carrés pour ne pas être entraînés par les fuyards. Heureusement le temps peu à peu s’éclaircit; la bonne contenance des divisions Ricard et Christiani, de la garde, aux extrémités de la ligne, donna le temps à la cavalerie de passer le ravin de Connantray, et de se reformer de l’autre côté. A peine l’armée française fut-elle ralliée derrière Connantray, qu’où aperçut déboucher du ravin quelques coureurs, par l’effet du désordre qui existait depuis le commencement de l’action. Loin de chercher à les arrêter, artillerie, cavalerie, infanterie, tout s’enfuit pêle-mêle dans la direction de la Fère – Champenoise. La déroute était sur le point d’être complète, lorsqu’un renfort inespéré sauva l’armée.
Le 9e régiment de grosse cavalerie, commandé par le colonel Leclerc, déboucha de la Fère-Champenoise, au même moment où les troupes
le traversaient. Sans hésiter, il marcha à la rencontre des escadrons légers
des alliés, leur en imposa par sa fermeté, et facilita aux maréchaux le moyen
de rallier leurs troupes sur les hauteurs de Lirthes.
Le sacrifice de Pacthod
Pendant que se
déroulait cette scène pénible et désastreuse, à quelque distance avait aussi
lieu une autre action, bien différente et digne de faire date dans l’histoire.
Le général Pacthod se trouvait placé, à la tête d’un corps de 4,000 gardes
nationaux de Sens et Montereau et de jeunes soldats à peine exercés au
maniement des armes. Il soutint pendant six heures un combat sanglant à la
Fère-Champenoise ce 25 mars. Ses six carrés de soldats en sabots et chapeaux
furent accablés par les charges répétées de 20’000 cavaliers et les tirs
d’artillerie de 100 canons des armées russe et prussienne. Ces nouveaux
« Spartiates » assaillis de toutes parts, ces braves, désespérant de
vaincre, voulurent du moins mourir avec honneur. Les deux souverains alliés,
témoins de cette défense héroïque, convainquirent Pacthod, blessé au bras, et
les 1400 soldats survivants de se rendre. Pacthod fut libéré en avril, après la
chute de l’Empire.
Le tableau lors de sa présentation au salon de 1886
« Le « Combat de Fère-Champenoise », de M.
Le Blant, est un épisode seulement de la grande bataille livrée par les
généraux Mortier et Marmont aux armées coalisées. Quelques milliers de gardes
nationaux commandés par le brave Pacthod, rompus par l’artillerie prussienne,
sabrés par la cavalerie russe, poussés dans les marais de Saint-Gond, opposent
à toutes les sommations un refus obstiné. Ce n’est pas un sauve-qui-peut
terrible à comme Waterloo, mais un duel tenace et sans merci où les vieilles
moustaches de Fleurus, de Quiberon, d’Héliopolis et d’Arcole se sentent le
coude une dernière fois. De leurs carrés sans cesse disloqués sans cesse
reformés monte comme une clameur héroïque, faite de mille cris stoïques de ces
vaincus, de leurs jurons scandant les parades ou les ripostes et du cliquetis
des baïonnettes gue les lances cosaques. Il se dégage de tout le tableau une impression
pénible, mais vraiment forte. » (Annales
politiques et littéraires du 30 mai)
« M. Le Blant, qui a toutes les qualités de l’historien, l’exactitude, l’impartialité, un sentiment juste des temps et enfin je ne sais quoi, dans son style, de simple, de sobre, d’austère et de fort, M. Le Blant nous ramène en 1814, après Brienne, après Champaubert, après Montmirail, après Château-Thierry, quand l’Empereur, pour employer un mot sublime de Lacordaire, n’appelait plus à son aide « que des Victoires blessées à mort ». Une colonne de paysans bretons non encore équipés, que la gendarmerie lance sur les Cosaques, tel est le sujet de la savante composition de M. Le Blant. » (Lettres et Arts)
« La désolante réplique du Sphinx, M. Julien Le Blant nous en donne quelque chose ; au-delà les victoires de l’Empire, en voici déjà le revers : Combat de Fère-Champenoise- 25 mars 1814. Des gardes nationaux, bourgeois et paysans, équipés à la diable et d’une façon disparate, pressés en cohue, guidés et poussés par quelques officiers, — obstinés débris de vingt ans de guerre, — tournent comme ils peuvent sous le feu de l’artillerie prussienne et la menace de la cavalerie russe. Ce n’est point ici une composition faite pour le plaisir, mais la figure apparemment exacte d’un héroïque et lamentable fait de guerre. La vérité des types, des costumes, des gestes, dans ce ramassis de combattants qui grouille sans confusion, est évidente ; l’ordonnance des deux armées — si la nôtre est encore une armée — est telle que l’exigent la forme du terrain et les hasards de la lutte. Tandis que les Français, dans le coin gauche de la toile, exécutent leur mouvement tournant, le premier plan, à droite, est presque vide ; de ce côté, en arrière, arrivent à fond de train les Cosaques ; avant de rencontrer la tête de notre colonne, ils se croisent avec des escadrons de leur parti, évoluant sur un autre plan, de sorte que les lances des uns et des autres rayent la fumée du ca non et de la fusillade comme des averses chassées par des vents contraires; au-dessus, d’ailleurs, le ciel éclate et des trombes de pluie font rage. Voilà, si je ne me trompe, en même temps qu’un bon tableau, un sincère et curieux document d’histoire militaire. » (La République française 7 juin 1886)
« Le Combat de Fère-Champenoise, par M. Julien Le Blant, est un récit à la façon panoramique, un retour à la peinture d’annales, que conçut largement le baron Gros, et qu’exécuta plus étroitement le compassé et appliqué Van der Meulen. M. Julien Le Blant est plutôt dans la tradition de Van der Meulen ; l’exécution de sa consciencieuse narration est écrite d’une brosse lente, en traits pénibles, en couleurs ternes. » (La Justice 20 juin 1886)
1884 Huile sur toile 121 x 224 cm N° inventaire MnM 11 OA 1 Exposé Paris, musée de la marine, palais de Chaillot
En 1884, le peintre a l’occasion de se rendre à l’arsenal de Cherbourg pour son unique incursion dans le thème de la marine militaire. Les portes lui sont ouvertes par le commandant Augustin Emmanuel Félix Marie D’Hombres que Le Blant remercie en réalisant et lui offrant son portrait.
Il va aussi faire la connaissance du comte Léon De Champfeu, qui occupe le poste de Capitaine d’habillement, d’armement et de casernement au 1er Dépôt des Équipages de la Flotte, et avec qui il nouera une longue relation d’amitié.
M. Tessier, dans
sa description du port militaire et de l’arsenal vingt ans plus tôt, nous
relate l’impression que l’artiste a dû avoir en arrivant :
« En entrant dans le port militaire, on est frappé
de la sévérité que présente l’ensemble des différents établissements de la
marine. Malgré l’activité des ouvriers et des matelots, tout y est froid et
imposant. A droite s’étendent parallèlement deux immenses hangars. L’un sert à
mettre à l’abri les matériaux destinés aux constructions navales, tandis que
l’autre contient la voilerie, la poulierie, l’atelier des embarcations, la
salle des gabarits et celle des modèles. A l’extrémité de ces hangars se trouve
la cale Chantereine, où l’on construit de légers bateaux à vapeur, et où les
canots des navires viennent chercher les vivres journaliers que leur
distribuent les agents des subsistances. Le long des fortifications qui
protègent l’arsenal du côté de la rade, nous rencontrons un vaste bâtiment,
renfermant l’atelier des forges, des martinets et une fonderie considérable. En
le suivant dans toute sa longueur, nous arrivons au musoir Sud de l’avant-port
que ferme pendant la nuit une énorme chaîne tirée à fleur d’eau. »(Le port militaire et l’arsenal
en 1864 – Émile Tessier)
Base de Cherbourg à l’époque
De ce décor et de ses acteurs, Julien ramènera de nombreux dessins, aquarelles et pour le salon l’un de ses tableaux les plus réputés : Le Dîner de l’Equipage. Sur cette grande toile Julien Le Blant présente une scène originale, celle de la vie d’un équipage à bord d’un cuirassé vers 1890.
Les hommes prennent leur repas entre les canons de la batterie. Ce sujet, très rarement traité, permet d’observer le quotidien du marin, et donne une information intéressante sur les vêtements et le mobilier de l’époque. Une douce lumière entre par les sabords, à gauche, on aperçoit la chaîne qui retient l’ancre, la scène se passe l’avant du navire. Au premier plan au sol, figure l’axe sur lequel le canon effectue sa rotation lors du pointage, avant le tir. Pour l’heure il sert de support à du pain, et à deux bidons à vin. Au fond à gauche, un matelot, pieds nus comme certains de ces compagnons, transporte deux autres de ces bidons. Les ustensiles destinés au repas sont tous en métal (assiettes, couverts, quart de vin), tandis que les gamelles qui servent à apporter les plats sont en bois. On en distingue deux sur la table à proximité du canon.
Ce tableau fût acquis par l’état lors du Salon de 1884 et déposé au musée de la Marine en 1944 par le Fonds National d’Art Contemporain.
Le tableau lors de sa présentation au salon de 1884
« Il existe peu de choses au monde qui soient plus
capable de nous donner une haute idée du génie de l’homme que l’étude détaillée
d’un navire de guerre. Un navire c’est tout un monde, obligé de se suffire à
lui-même, pendant les longues traversées où il devra vivre loin de la
mère-patrie, entre le Ciel et l’Océan – ces deux abîmes. Aussi faut-il voir
avec quelle intelligence pratique tous les besoins si multiples de la vie
morale et matérielle de l’équipage ont été prévus – et satisfaits. Il y a là un
outillage qui est le dernier mot de la faculté organisatrice. Et quelle
admirable propreté jusque dans les parties les plus intimes et les plus
reculées de cette demeure gigantesque et flottante.
Et quel ordre admirable, quelle stricte discipline,
quelle régularité, – jamais en défaut – président à tous les actes de la vie de
l’équipage depuis le branle-bas de combat des grands jours terribles, jusqu’au
simple mais confortable Repas de l’Equipage. Le repas de l’équipage ! C’est
précisément le sujet très joli et très pittoresque du tableau de M. Le Blant.
Rien de mieux peint que sa salle à manger dans l’entrepont d’un cuirassé – avec
un canon gigantesque, remplaçant la grosse pièce d’argenterie du surtout. »(Paris-Salon 1884)
« Le Déjeuner de l’équipage, de M. Le Blant, tableau fait pour donner aux plus casaniers la nostalgie des lointains voyages, tant les détails en sont exacts et tant la qualité de lumière entrant par les sabords d’un navire en pleine mer s’y trouve curieusement observée et rendue.» (La Nouvelle Revue)
La Lettre de France. Cette aquarelle des marins de Cherbourg est publiée dans le supplément de Noël du Figaro – 1884/85 – Tirée en chromotypographie par les éditions Quantin, elle a connu un vif succès.
Certains critiques s’étonnent toutefois de voir le « peintre des Chouans » s’aventurer dans une nouvelle thématique et ne semblent pas convaincus de ce choix:
M. Julien Le Blant, jadis peintre ordinaire de Larochejaquelein et de Charette, et qui déserte cette année les taillis du bocage pour l’entrepont d’un cuirassé. Malheureusement le Dîner de l’équipage est loin de valoir le Bataillon carré. Avec M. Le Blant, au reste, nous rentrons en plein dans les préoccupations de la génération nouvelle; nous revenons à la doctrine de la chose vue, éprouvée, ressentie. Nous sommes en plein dans le domaine de la sincérité. Toutefois je doute que, sur ce terrain délicat, M. Le Blant approche de M. Dantan. À celui-ci revient de droit la première place, car il pousse cette sincérité si louable jusqu’à douter de lui-même. Le dessin, comme toute chose humaine lui paraît sujet à erreur. (Le Siècle 20 mai 1884)
M. Le Blant, fatigué de ses chouans, que tout le monde a copiés, représente un dîner de matelots dans la batterie d’un bâtiment de guerre. Il réussit à maintenir sa réputation, mais sans exciter l’intérêt : voilà tout justement un sujet auquel la photographie aurait convenablement pourvu. (La République française 31 mai 1884)
Julien Le Blant répond à ces critiques par ce curieux dessin où l’on voit un Vendéen croiser des marins qui font mine de ne pas le voir.
Marins à terre. Aquarelle 63 x 38 cm.
Catalogue d’exposition des esquisses et aquarelles réalisées par Julien Le Blant lors de sa visite de l’arsenal de Cherbourg en 1884
Sur quel cuirassé Julien Le Blant a-t-il immortalisé cette scène ? Les marins avoisinent de gros canons de 240 mm ou 270 mm. La Flandre, La Savoie, La Gauloise et La Surveillante étaient à Cherbourg dans les années 1880, les autres cuirassés étaient à Toulon ou à Brest. La Savoie et La Gauloise étaient armées de 8 canons de 240 mm et de 4 de 190 au gaillard. La Flandre possédait 8 canons de 240 et 6 de 190 mm. Quant à La Surveillante, elle avait à son bord des canons de 270 mm. Celle-ci était en réserve à Cherbourg en 1882 avant d’être désarmée fin 1884.
Avec l’adoption de la vapeur et l’apparition d’une artillerie de plus en plus sophistiquée, le marin, mécanicien ou timonier, doit se spécialiser. Différentes écoles sont alors ouvertes pour les former.
Le tableau exposé au musée de la marine à Paris.
Esquisse et aquarelle de fusilliers marins réalisées lors de son passage à Cherbourg.
L’article consacré Au Dîner de l’Equipage dans le catalogue du Musée de la Marine à Paris
François-Athanase de Charette de la Contrie, né le 21 avril 1763 à Couffé, près d’Ancenis. Il entre à l’école des Gardes de la Marine en 1779, sert ensuite sous le comte de de La Motte-Picquet et l’amiral de Guichen, obtient le grade de lieutenant de vaisseau en 1787 et compte en 1790, onze campagnes à son actif, dont quelques-unes en Amérique. Le 25 mai 1790, il épouse Marie-Angélique Josnet de la Doussetière et s’établit au manoir de Fonteclose, à La Garnache près de Challans (Vendée). Très vite, il s’ennuie, s’éprend de maîtresses, s’adonne à la chasse et ne manque aucun bal des châteaux environnants. Bien qu’il désapprouve le principe de l’émigration, il part pour Coblence, mais ne tarde pas à revenir en France pour défendre la famille royale aux Tuileries, le 10 août 1792. Il échappe au massacre, mais sur le chemin du retour, il est arrêté à Angers et relâché grâce à l’intervention de Dumouriez. Le 27 mars 1793 (24 Ventôse an I), dans la région de Machecoul où a lieu le massacre, il accepte de se mettre à la tête de paysans du Marais breton venus chercher son commandement au manoir de Fonteclose. Ceux-ci ne sont armés que de piques et de fusils de chasse et sont peu disciplinés. Il parvient ensuite à commander de meilleurs éléments dont des déserteurs républicains, et une cavalerie d’élite composée de nobles et de bourgeois équipés à leurs frais. Le 30 avril 1793 (11 Floréal an I), il parvient à empêcher les Républicains de prendre Legé.
Attaque de Nantes
Après la prise
de Saumur en juin 1793, il se joint à l’Armée catholique et royale et Lescure
lui demande de participer à la prise de Nantes. Le 29 juin 1793, il arrive le
premier avec ses troupes dans les faubourgs de la ville. Il lance l’assaut seul
aux aurores sans attendre les renforts de Charles de Bonchamps. Il est le
dernier à quitter Nantes; le lendemain, après la retraite de l’Armée catholique
et royale et voyant que tout était perdu, il aurait fait un pas de danse par
dérision. Deux semaines plus tard, il est de nouveau présent sans les autres
groupes, alors que l’attaque devait être combinée. Ses pertes sont élevées et
après la perte de quatre canons, les Bleus contre-attaquent.
Le 19 septembre 1793, il participe à la victoire de Tiffauges, mais désobéit avec Lescure et se lance dans la poursuite de Kléber.
Le 30 septembre
1793 (9 Vendémiaire an II), le canon dans l’île de Noirmoutier fait reculer ses
troupes. Mais douze jours plus tard, il les fait entrer par la chaussée du Gois
à la marée montante pour les forcer à avancer. Les 800 hommes de la garnison
sont rapidement capturés et, malgré ses ordres, un sous-chef en fait fusiller
200.
Se sentant dédaigné, il se sépare du gros de l’armée vendéenne qui va subir un désastre au cours de la Virée de Galerne, notamment à Savenay en décembre 1793. Il poursuit la lutte par une guérilla autonome. En mai 1794 Charette réorganise son armée et confirme Pierre Rezeau comme commandant de la division de Montaigu. En 1794, il s’empare du camp républicain de Saint-Christophe, près de Challans, mais moins d’un mois plus tard, le général Nicolas Haxo avec six mille hommes le force à s’enfuir. Il prend sa revanche peu de temps après en encerclant Haxo, qui est capturé et se voit apparemment contraint au suicide.
Traité de paix
A bout de munitions, le 17 février 1795, Charette, ainsi que plusieurs autres chefs vendéens, signe avec les représentants de la Convention le traité de La Jaunaye. Ce traité, signé au manoir de La Jaunaye, à Saint-Sébastien, près de Nantes, établit la liberté religieuse et exempte les insurgés du service armé. Quelques jours plus tard, Charette peut défiler à Nantes aux côtés du général Canclaux et du représentant en mission Albert Ruelle.
Mais la paix ne
dure que cinq mois. En juin 1795, Charette reprend les armes au moment du
débarquement de Quiberon, reçoit de la poudre, des armes et des fonds des
Britanniques à Saint-Jean-de-Monts les 10,11 et 12 août 1795, mais est défait
par Hoche.
En juillet, le futur roi Louis XVIII lui écrit qu’il lui confère le grade de général de l’Armée catholique et royale. Ses faits d’armes dépassent de loin le cadre de la guerre de Vendée : il reçoit les félicitations d’Alexandre Souvorov et Dumouriez tente de le débaucher pour rallier la cause de Louis-Philippe d’Orléans.
Tentatives désespérées
En octobre 1795
il tente d’organiser la venue du comte d’Artois, second frère de Louis XVI en
Vendée et se porte sur la côte avec 15 000 hommes lorsque le prince se trouve à
l’Île d’Yeu. Le futur Charles X ne rejoint pas le continent et Charette est peu
à peu abandonné par ses troupes.
Charette fait alors le projet de faire jonction avec les bandes de Stofflet qui se battent encore en Anjou. Mais les colonnes républicaines viennent quadriller la région et il finit par être capturé par le général Travot le 23 mars 1796 dans les bois de la Chabotterie (commune de Saint-Sulpice-le-Verdon) alors qu’il n’est plus suivi que par 32 derniers fidèles.
Exécution à Nantes
Il est condamné
à mort le 29 mars 1796 sur la place Viarme à Nantes. Avant d’y arriver, il étonne une fois encore la
foule silencieuse qui s’était massée sur la place des Agriculteurs pour
assister à l’exécution. S’arrêtant devant son cercueil, il le détaille avec un
sourire ironique avant de hocher la tête d’un air approbateur : oui, la caisse
est bien à sa taille.
Gravure d’après le tableau
» Monsieur l’abbé, j’ai bravé cent fois la mort. J’y vais pour la dernière fois, sans la braver, sans la craindre ». Charette tient parole : après avoir répondu de la sorte au prêtre qui avait cru devoir l’exhorter au courage. Il s’avance, la tête haute, devant le peloton d’exécution formé de soldats choisis dans le bataillon de chasseurs qui avait réussi à le capturer le 23 mars dans le bois de la Chabotterie. Il refuse de se faire bander les yeux et ordonne lui-même de faire feu par sa célèbre réplique : « Lorsque je fermerai les yeux, tirez droit au cœur ». Dans un dernier effort au moment où les soldats ouvrent le feu, il se jette en avant.
Sa devise était
« Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais ». Son souvenir est
encore très vivace en Vendée. Une croix, à l’angle de la Place Viarme et de la
rue Félibien, commémore cette exécution.
FR3 région consacre un reportage à Charette avec le tableau de Le BlantScénographie Charette au logis de la ChabotterieVignette du chocolat Planteur d’après le tableau de Le Blant
Huile sur toile 150 x 227 cm (1880) Exposé au Salon de 1880 et à l’expo universelle de 1889 à Paris (médaille d’or) Localisation actuelle : Bibliothèque de l’université de Provo/Utah – USA
Sujet
La deuxième bataille du Rocher de La Piochais (ou de La Plochais) a lieu pendant la Chouannerie. Le 21 décembre 1795, un convoi républicain venu de Fougères tente de ravitailler Saint-Georges-de-Reintembault, assiégé par les Chouans.
La bataille
Les troupes républicaines paraissent au matin, mais elles repèrent l’embuscade et ne tombent pas dans le piège. Les soldats se mettent en formation en lançant des railleries et des insultes à leurs ennemis, puis marchent baïonnette au canon. Les chouans les laissent s’approcher jusqu’à une distance de 20 pas puis ouvrent le feu. La décharge est meurtrière, le commandant ordonne la retraite et les républicains rétrogradent en bon ordre malgré le feu des chouans. Au même moment à l’autre bout de la colonne, Boisguy, à la tête de 400 hommes, enfonce l’arrière-garde et se saisit des voitures de vivres et de pains destinés à ravitailler Saint-Georges. Les républicains sont alors encerclés, les marais sur leurs flancs les empêchent de se replier.
À l’avant-garde, le général met sa troupe en formation au carré, Joré fait de même à l’arrière-garde après avoir rallié les fuyards. Mais les soldats républicains, à découvert, restent constamment sous le feu des chouans, protégés par les marais et embusqués derrière les fossés et les haies. Bonteville, Saint-Gilles et Dauguet lancent alors une charge sur le carré de l’avant-garde, les chouans en nette supériorité numérique, l’écrasent rapidement. Le carré de Joré et de ses carabiniers résiste plus longtemps, les chouans y pénètrent un instant, puis en sont délogés, avant qu’une deuxième attaque ne s’avère décisive. Les lignes républicaines sont disloquées et les soldats en déroute s’enfuient vers Fougères. Les républicains subissent ce jour là leur plus lourde défaite face aux chouans en Ille-et-Vilaine.
Gravure tirée des Chouans de Balzac, dessin de Le Blant d’après son tableau en 1889
Bilan
Il est certain
que cette bataille se termina par une victoire écrasante des chouans. Dans un
premier rapport les administrateurs républicains de Fougères admettent que
l’escorte a perdu au moins la moitié des soldats qui la composaient. Les Chouans
ont 39 tués et environ 40 blessés selon Pontbriand, qui porte également le
nombre des tués républicains à plus de 1 200 et estime qu’il n’y eût pas 200
hommes à rentrer sans blessure à Fougères. Les corps des soldats républicains
auraient été enterrés à la prairie de Chevaux-Morts. Cette défaite fut en tout
cas vécue comme une véritable catastrophe par les républicains de la région.
« Sur une petite élévation, au centre, un bataillon de soldats républicains, formé en carré, tient tête à une furieuse attaque des chouans qu’on voit monter en désordre sur la gauche, débouchant impétueusement de tous les plis du terrain, armés au hasard de fusils, de sabres, de faux. Quelques-uns sont déjà, corps à corps, aux prises avec les Bleus. Entre les deux groupes, le sol est semé de cadavres et de blessés. Sur la droite on devine d’autres chouans rampant dans les herbes et des pétillements de fumée à l’horizon annoncent encore une attaque lointaine. La vivacité de l’action, grave et calme du côté des Bleus, enthousiaste et furieuse du côté des Blancs, a été rendue par M. Le Blant avec une chaleur et un entrain remarquables. Les types sont observés avec exactitude, la composition est bien groupée sans aucun sacrifice des vraisemblances, l’exécution est vive, précise, harmonieuse. » Livre d’Or du Salon 1880
« Suspendons un moment notre course, que rend trop hâtive le désir de passer en revue nos plus grandes richesses, et faisons une halte devant le Bataillon carré, de M. Julien Le Blant. L’œuvre est étonnante d’entrain et de mouvement. Une troupe de chouans, coiffés du chapeau aux larges bords, chaussés de sabots, armés de piques ou de faulx, s’élance pour se ruer sur le bataillon carré des soldats de la République qui, immobile comme une forteresse vivante, fait feu sur les assaillants. La fureur de la bataille est dans l’air; elle anime cette plaine tachetée par les flocons de fumée bleuâtre, qu’emplit l’odeur de la poudre, et dont il s’élève de grands cris. Comme ces gens-là se battent bien, corps et âme, sans merci ! Quand ils vont s’aborder, la lutte sera acharnée et terrible. Telle est l’idée qui vous vient devant cette toile. M. Julien Le Blant s’est vu désigné de bonne heure à l’attention de l’opinion publique; jamais, ce me semble, il n’a mieux mérité que cette année la faveur dont il jouit auprès d’elle. Pour ma part, je lui sais un gré infini de ne pas suivre l’exemple de certains de nos peintres militaires, dont les tableaux sont des vignettes agrandies, et qui ne craignent pas de se compromettre avec le métier du photographe. » La peinture au Salon de 1880 : les peintres émus, les peintres habiles / par Roger Ballu
Huile sur toile 140 x 206 cm (1878) exposé au Salon de 1878 et acheté par M. Georges Petit de la galerie du même nom. Localisation actuelle : Salle 3 du musée de Noirmoutier
Ce tableau qui eut un grand succès, et contribua puissamment à classer le jeune artiste à un rang élevé dans l’art, a été acheté par le Musée de Nantes. Il est désigné sous le nom de « tableau de la lutte », parce qu’un jour de marché de l’année 1884, des paysans s’étant arrêtés devant cette toile, et commentant à haute voix le fait historique représenté, furent interpellés par des ouvriers de la ville ; des mots aigres, on en arriva aux injures et à la bataille, et dans la chaleur de la rixe, les combattants brisèrent une statue et crevèrent un autre tableau qui se trouvait en face.
L’artiste, écrivait un critique connu, M. Olivier Merson, a traduit son programme sans emphase vaine, ni amplification inutile. L’exécution vient d’avoir lieu : tout au fond se distinguent les troupes qui retournent à la ville. Au premier plan, les cadavres ; point d’amis ou d’ennemis qui les entourent ; de curieux nulle part ; et sur cette vaste solitude plane une teinte sombre, triste et grise, vraie couleur de scènes lugubres.
Sujet
Maurice Joseph Louis Gigost
d’Elbée est né le 21 mars 1752, à Dresde, d’une famille française établie en
Saxe. Il vint en France en 1777, y fut
naturalisé, entra dans un régiment de cavalerie, parvint au grade de
lieutenant, donna sa démission en 1783.
En 1793, les paysans de Beaupréau
le décidèrent à se mettre à leur tête. Sa troupe se grossit de celles de
Bonchamps, Cathelineau et Stofflet. Il servit d’abord sous Cathelineau, fut
reconnu pour généralissime après la mort de ce chef, battit les Républicains à
Coron et à Beaulieu, mais n’éprouva plus ensuite que des revers. C’est en
qualité de généralissime qu’il se trouva, le 30 juillet 1793, à la bataille de
Luçon gagnée par les Républicains et dans laquelle il s’exposa aux plus grands
dangers et contribua à sauver l’armée vendéenne d’une complète déroute. Une
seconde défaite des Vendéens à Luçon, le 13 août suivant, fut encore plus
meurtrière.
L’armée royale fut
complètement défaite à la bataille de Cholet par le général Kléber. D’Elbée,
blessé grièvement dans cette dernière bataille, fut d’abord transporté à
Beaupréau, puis à Noirmoutier; trois mois après, les Bleus s’étant emparés de
cette île, il fut traduit devant une commission militaire, condamné à mort et
fusillé sur la place publique du bourg de Noirmoutier, où on l’avait amené dans
un fauteuil parce que ses quatorze blessures ne lui permettaient pas de se
tenir debout (le siège a été repris par la famille d’Elbée qui le garda dans
leur résidence jusque dans les années 1975, chez le marquis Charles Maurice
d’Elbée. Lorsque celui-ci apprit qu’un musée vendéen était en construction à
Noirmoutier, il fit don de ce fauteuil, désormais conservé au château de
Noirmoutier). Sa femme fut fusillée vingt jours après, en janvier 1794.
Au jugement de plusieurs
biographes, d’Elbée fut un homme pieux, d’un courage constant. Ses soldats
l’avaient surnommé le général la Providence. De par son côté assez effacé, ce
général n’aimait pas se mettre sur le devant de la scène, de sorte que les
historiens oublièrent assez longtemps de reconnaître le rôle important qu’il
joua dans les guerres de Vendée. Fin stratège, il était très aimé de ses
soldats : Turreau dans ses mémoires, dira qu’il avait vu des soldats pleurer en
entendant le seul nom de d’Elbée.
Une petite pièce voûtée fut aménagée au XIXème siècle dans le château de Noirmoutier pour abriter les réserves de poudre du château devenu fort militaire.
Aujourd’hui on y présente quelques objets, ainsi que le tableau de Julien Le Blant prêté par le musée des Beaux-Arts de Nantes, qui retracent les événements survenus à Noirmoutier lors de la première guerre de Vendée en 1793.
Copie du tableau – coll. privée
Il retranscrit ici la mort du général d’Elbée, d’après les récits qu’on lui en a fait. Il n’est jamais venu à Noirmoutier, ce qui explique que sa représentation du château et de la place d’Armes ne soit pas fidèle à la réalité. Pourtant, il dépeint un des événements historiques les plus importants qu’ait connu l’île.
Le fauteuil exposé dans la salle serait celui sur lequel Maurice d’Elbée, général des armées vendéennes, a été fusillé en janvier 1794. Il est avéré qu’après avoir été grièvement blessé à la bataille de Cholet, il est venu trouver refuge sur l’île, reprise aux républicains par Charette en octobre 1793. Lorsque les « Bleus » du général Haxo s’emparent de nouveau de Noirmoutier, d’Elbée est rapidement retrouvé puis jugé par un tribunal révolutionnaire, avec plusieurs autres personnalités royalistes ou soupçonnées de l’être.
Condamné à mort, ses
blessures l’empêchent de se tenir debout face au peloton d’exécution. Quelqu’un
aurait alors décidé d’aller chercher un siège dans une maison proche pour l’y
installer malgré tout.
Ce fauteuil, perforé par
les impacts de balles, aurait alors été récupéré, et serait celui qui est
exposé aujourd’hui.
Critiques de l’époque
Cherchons le drame plus près de nous. Il est très simple et très écrit dans la Mort du général d’Elbée, par M. Julien Le Blant. Il s’agit du général vendéen qui avait succédé à Cathelineau et qui connut si peu la victoire. Saisi au lendemain d’une défaite, il fut fusillé à Noirmoutiers avec deux de ses amis. La scène est au bord de la mer, sur un triste rivage d’un gris blond. D’Elbée, qu’on avait assis dans un fauteuil, vient d’expirer ; à ses pieds, deux cadavres étendus sur le sol avec cette attitude sinistrement gauche que prennent parfois en tombant ceux qui meurent de mort violente. Dans le fond, au bord de la mer, le peloton d’exécution qui s’éloigne. Les théoriciens pourront, lorsqu’ils auront un peu de loisir, disserter à propos du remarquable tableau de M. Le Blant. C’est un excellent exemple de ce système de composition exceptionnelle qui consiste à séparer les groupes au lieu de les unir. Entre les suppliciés et les soldats, un grand espace; un vide énorme entre la mort et la vie. Hiatus tragique. Certains détails, qui pourraient sembler vulgaires, ajoutent à l’impression douloureuse. Le petit fauteuil qu’on est allé chercher dans une maison voisine, dont on a meublé un rivage désert, et sur le bras duquel s’appuie un cadavre, est bourgeois par le style, shakespearien par le sentiment. Le tableau de M. Le Blant, peint avec simplicité, dans une gamme mélancolique, éveille, chez le spectateur une véritable impression de deuil. (Le Temps)
Il y a un sentiment dramatique très bien exprimé dans le tableau de M. J. Le Blant : La Mort du général d’Elbée. « On mit d’Elbée dans un fauteuil et on le fusilla avec Duhoux, d’Hauterive et de Boissy ; son parent Wieland, qui avait rendu Noirmoutier à Charrette, eut le même sort. » C’est par un tempslugubre et noir, aux lueurs indécises du matin, que le peloton d’exécution a fait son œuvre fatale. Les cinq cadavres sont étendus dans la position où les a jetés la mort foudroyante. Puis le silence et la solitude se sont faits autour d’eux. Dans le fond les soldats s’éloignent ; l’effet est saisissant. Il faudra désormais suivre avec intérêt M. Le Blant. (Le Salon)
Le poète Adrien Dézamy, a écrit à propos de ce tableau :
C’était un froid matin de janvier. Sur la place de Noirmoutier, nul bruit, que le bruit de la mer Et des pas mesurés faisant craquer la glace … On sentait comme un vent de mort passer dans l’air. C’est qu’en effet, dans l’île, un arrêt militaire Vient d’être exécuté ce matin-là. Comptez : Trois Vendéens couchés la face vers la terre Près d’un mur, sur le sol, gisent ensanglantés. Un quatrième, ceint de son écharpe blanche, Front meurtri, bras pendants, est assis au milieu Sur un large fauteuil. Sa tête qui se penche Semble à ses compagnons dire un dernier adieu. Sur lui plus d’un regard tombe à la dérobée ; Les soldats qui s’en vont, pâles, presque tremblants, Se le montrent des yeux et disent : C’est d’Elbée, « Le blessé de Cholet, le général des Blancs ! » Eh bien ! oui ! C’est d’Elbée ! un généralissime ! Mais pour qui la connaît la mort est sans effroi, Et l’on peut de sa vie, alors, payer ce crime D’avoir été fidèle à Dieu, comme à son Roi ! Maudits soient les combats et les guerres civiles Qui font par les vaillants fusiller les héros, Et qui, pour apaiser les hameaux et les villes, Transforment, sans merci, des soldats en bourreaux !
À sa sortie du
collège militaire de Sorèze, où il a été élevé, Henri de La Rochejaquelein
entre au régiment de Royal-Pologne cavalerie, dont son père, le marquis de La
Rochejaquelein, est colonel propriétaire, puis il passe aux chasseurs de
Flandre qu’il abandonne pour faire partie de la garde constitutionnelle du roi.
C’est à ce titre qu’il reçoit le baptême du feu en participant, le 10 août
1792, à la défense des Tuileries.
Guerres de Vendée
Rentré dans ses terres, en Vendée, il refuse de se soumettre à la conscription décrétée par la République et, au printemps de 1793, il rallie quelques dizaines de paysans auxquels il aurait dit alors, dans la cour de son château de La Durbellière, les paroles fameuses : « Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi ! »
Il commence par
avancer, s’empare de Bressuire le 2 mai, puis de Fontenay, et le 8 juin fait
son entrée dans Saumur, ayant donné, en montant le premier à l’assaut,
l’exemple d’une fougue et d’une valeur auxquelles Kléber sera le premier à
rendre hommage. Ses succès ne le grisent pas et, toujours maître de lui, il
modère l’ardeur vengeresse de ses hommes qui veulent faire subir aux
républicains la loi du talion : « Si vous agissez comme ceux qui font le mal,
leur dit-il, où est la bonne cause ? »
Partisan d’une
marche rapide sur Paris, pour s’emparer de la capitale et délivrer Louis XVII,
il y serait peut-être parvenu si les avis des autres chefs royalistes, entre
autres ceux de Donnissan et du prince de Talmont, n’avaient prévalu. On décide
de se porter en Bretagne pour y rejoindre un corps expéditionnaire anglais
attendu à Saint-Malo. La « grande armée catholique et royale », à la tête de
laquelle il a succédé à d’Elbée comme généralissime, s’égare en Bretagne,
suivie d’une masse de femmes, d’enfants et de bétail qui gênent ses opérations.
La Rochejaquelein s’empare de Laval, de Fougères, d’Avranches, mais il échoue
devant Granville et doit rebrousser chemin, harcelé par Marceau, Kléber et
Westermann. Battu au Mans le 12 décembre 1793, il éprouve un nouveau désastre
au passage de la Loire où ce qui reste de son armée est taillé en pièces.
Vaincu, calomnié
par ses rivaux, abandonné par beaucoup, Henri de La Rochejaquelein s’enfonce
dans le bocage vendéen pour y continuer, avec quelques fidèles, une lutte sans
espoir. Il est tué dans un engagement, le 28 janvier 1794. Il n’avait que vingt
et un ans.
Vitrail de l’église Saint Pavin – Le-Pin-en-Mauges, d’après le tableau de Le Blant.
La gravure de Julien Le Blant « Henri de la Rochejacquelin » a été colorisée et animée, dans le film de Hugues Nancy « Révolution ! » diffusé en 2 parties sur France 2, le mardi 13 juillet 2021.
Localisation actuelle : En attente d’un nouveau musée de l’infanterie (normalement Draguignan). Anciennement au musée de l’infanterie de Montpellier.
« M. le ministre de la guerre se propose de faire
exécuter, pour chacun de nos régiments, un tableau signé de l’un de nos
peintres en renom et représentant le haut fait particulier à chacun de ces
régiments. M. Turquet, désireux de s’associer à l’entreprise, a demandé de
prendre les dix premiers de ces tableaux au compte du ministère des beaux-arts.
Ces dix tableaux ont été distribués à MM. Protais, Berne-Bellecourt, Dupray, Le
Blant, Lewis-Brown, Delahaye, Renard, Artus, Aimé Morot et Sergent. Plusieurs
de ces tableaux figureront, assure-t-on, au prochain Salon. » (Chronique des Arts et de la Curiosité)
Le Blant se voit
offrir 5000 francs (environ 16’500 euros actuels) pour réaliser une œuvre sur
le thème du 9e de ligne de la bataille de la Moskova.
« L’heure des revers a sonné. On est en 1812, en Russie. C’est cette terrible bataille de la Moskowa qui nous fit perdre tant de monde. Tandis que le général Caulaincourt est mortellement blessé à la tête du 5e cuirassiers, le prince Eugène a pris le commandement du 9 de ligne et le conduit à l’attaque de la redoute de Borodino, qu’il enlève. C’est Julien Le Blant qui va servir, avec son habileté ordinaire, leur part de gloire à nos bons petits fantassins. » (Le Gaulois du 4 octobre 1886)
Tous les critiques ne s’accordent pas sur la réussite de l’œuvre et la stratégie utilisée par son auteur pour décrire les combats :
« L’enlèvement de la redoute de Borodino, par le « 9e
de ligne de la Moskova », sous la conduite du prince Eugène, dû au pinceau
de M. Julien Le Blant, nous donne la sensation de la mêlée. Seulement, cette
sensation est gâtée par la vue des soldats du premier plan qui, trop penchés,
trop tendus, semblent près de tomber. » (Le
Radical)
« Le
peintre a choisi le moment où, conduit par le prince Eugène, le Troisième
enlève à la baïonnette la grande redoute de Borodino. Il y a dans cette page
assurément beaucoup d’entrain et de vigueur. Les petits lignards, un peu
étranges avec leurs pantalons blancs et leurs énormes schakos, s’élancent
vaillamment contre l’ennemi déjà culbuté. Au centre, la figure élégante et
sévère du prince Eugène dessine son mâle profil sur la fumée blanche. Au loin
on aperçoit les cuirassiers abordant la redoute par un autre côté et commençant
à sabrer les Russes pris de flanc. Tout cela est puissamment rendu. Il semble
qu’on entende le canon gronder et pétiller la fusillade. Néanmoins ce tableau,
quoique fait sur commande, ou peut-être à cause de cela, est loin d’offrir
l’originalité et le curieux intérêt des œuvres précédemment exposées par
l’artiste. » (Le Salon)
« Parmi les peintres militaires, je ne m’arrête pas
à M. Le Blant, qui a été souvent plus heureux que cette année et dont j’attends
une revanche. » (Lettres et Arts)
Gravure d’après le tableau
Sujet
La bataille de la Moskova, ou bataille de Borodino, opposa la Grande Armée commandée par Napoléon Ier à l’armée impériale russe menée par le feld-maréchal Mikhaïl Koutouzov. Elle a lieu le 7 septembre 1812 à proximité du village de Borodino, à 125 kilomètres de Moscou. Le nom de Moskova, plus évocateur que celui de Borodino, est choisi par Napoléon pour désigner cette bataille, et fait référence à la rivière qui coule à plusieurs kilomètres du champ de bataille et non au lieu où se déroulèrent les combats. Qualifié de « bataille des géants », elle est la plus importante et la plus sanglante bataille de la campagne de Russie, impliquant plus de 250 000 hommes pour des pertes estimées à 70 000 hommes.
Préparatifs
Depuis son entrée sur le territoire russe, Napoléon souhaite engager une bataille décisive face à un ennemi qui ne cesse de se dérober. Cette campagne qu’il entreprend comme une guerre purement politique, nécessite une victoire éclatante afin d’obliger le tsar Alexandre Ier à demander la paix et à conclure un nouveau traité d’alliance favorable à la France et à sa stratégie de blocus continental. Côté russe, le tsar, faisant face à des dissensions entre ses généraux quant à la stratégie à adopter, nomme Koutouzov commandant en chef de ses armées le 18 août. Ce dernier, après avoir laissé la Grande Armée s’approcher de Moscou sous les harcèlements incessants des cosaques, se décide enfin, aux portes de celle-ci, à fortifier ses positions et à livrer bataille.
La bataille
Au cours de cette confrontation, les Français réussissent à s’emparer des principales fortifications russes, dont la redoute Raïevski et les « flèches » défendues par le général Piotr Bagration, qui est tué lors de l’assaut. La victoire est française dans la mesure où Napoléon contraint les forces russes à battre en retraite et s’ouvre la voie vers Moscou. Cependant, cette victoire est une victoire à la Pyrrhus : les pertes de chaque côtés sont immenses (environ 30 000 soldats français tués ou blessés pour 45 000 côté russe) et bien que fortement réduite, l’armée russe qui dispose de réserves peut encore représenter une menace. Ainsi, Koutouzov, sans raison aucune (il n’a pas réussi à bloquer la route de Moscou et a perdu plus d’hommes que Napoléon), affirme qu’il à triomphé de l’ennemi à Borodino, le nom russe de la bataille.
Etude pour le tableau
La redoute Raïevski
Les cuirassiers saxons de La
Tour-Maubourg attaquent les cuirassiers russes. La redoute Raïevski se trouve à
droite, dans la fumée. À l’arrière-plan, on distingue l’église de Borodino.
Détail du Panorama de Borodino.
Pendant ce temps, Eugène de
Beauharnais pénètre dans Borodino après de durs combats contre la Garde russe,
et progresse vers la redoute principale. Cependant ses troupes perdent leur
cohésion, et Eugène doit reculer sous les contre-attaques russes. Le général
Delzons se place alors devant Borodino pour protéger le village. Au même moment,
la division Morand progresse au nord de Semionovskoïe, tandis que les forces
d’Eugène franchissent la Kalatcha en direction du Sud. Eugène déploie alors une
partie de son artillerie et commence à faire refluer les Russes derrière la
redoute. Appuyés par l’artillerie d’Eugène, les divisions Morand et Broussier
progressent et prennent le contrôle de la redoute. Barclay lui-même doit
rallier le régiment Paskevitch en déroute. Koutouzov ordonne alors au général
Iermolov de reprendre la redoute ; disposant de trois batteries d’artillerie,
ce dernier ouvre le feu contre la redoute tandis que deux régiments de la Garde
russe chargent la position. La redoute repasse alors aux mains des Russes.
L’artillerie d’Eugène continue à pilonner les Russes alors qu’au même moment, Ney et Davout canonnent les hauteurs de Semionovskoïe. Barclay envoie des renforts à Miloradovitch, qui défend la redoute tandis qu’au plus fort de la bataille, les subordonnés de Koutouzov prennent toutes les décisions pour lui : selon les écrits du colonel Clausewitz, le général russe semble être « en transe ». Avec la mort du général Koutaïsov, qui commandait l’artillerie russe, une partie des canons, situées à l’arrière des lignes russes, sont inutilisés, tandis que l’artillerie française fait des ravages dans les rangs russes.
Nouvel assaut
À 14 heures, Napoléon ordonne
un nouvel assaut contre la redoute. Les divisions Broussier, Morand et Gérard
doivent charger la redoute, appuyés par la cavalerie légère de Chastel à droite
et par le second corps de cavalerie de réserve à gauche. Le général Auguste de
Caulaincourt ordonne aux cuirassiers de Wathier de mener l’attaque contre la
redoute. Observant les préparatifs français, Barclay déplace alors ses troupes
pour renforcer la position, mais elles sont canonnées par l’artillerie
française. Caulaincourt mène personnellement la charge et parvient à enlever la
redoute, mais il est tué par un boulet. La charge de Caulaincourt fait refluer
la cavalerie russe qui tente de s’opposer à elle, tandis que la gauche, où Bagration
a été mortellement blessé, et le centre russe, sévèrement mis à mal, donnent
des signes de faiblesse. À ce moment, Murat, Davout et Ney pressent l’Empereur,
qui dispose de la Garde impériale en réserve, de l’engager pour porter
l’estocade finale à l’armée russe, mais celui-ci refuse.
Barclay demande alors à Koutouzov de nouvelles instructions, mais ce dernier se trouve sur la route de Moscou, entouré de jeunes nobles et leur promettant de chasser Napoléon. Toutefois, le général russe se doute bien que son armée est trop diminuée pour combattre les Français. Les Russes se retirent alors sur la ligne de crête située plus à l’est. Napoléon estime que la bataille reprendra le lendemain matin, mais Koutouzov, après avoir entendu l’avis de ses généraux, ordonne la retraite vers Moscou. La route de la « Ville sainte » est ouverte à la Grande Armée.
Esquisse préparatoire pour le tableau
Bilan
Les pertes sont très élevées
dans les deux camps. La Grande Armée perd environ 30 000 hommes : selon P.
Denniee, inspecteur aux revues de la Grande Armée, il y aurait eu 6 562 morts,
dont 269 officiers, et 21 450 blessés1. En revanche, selon l’historien Aristide
Martinien, les Français perdent au total 1 928 officiers morts ou blessés,
incluant 49 généraux4. Les Russes perdent environ 44 000 hommes, morts ou blessés,
dont 211 officiers morts et 1 180 blessés. 24 généraux russes furent blessés ou
tués, dont Bagration qui meurt de ses blessures le 24 septembre et Toutchkov5.
Du côté français, le manque de ravitaillement, causé par l’allongement des
lignes d’approvisionnement, pour les soldats valides fait que certains blessés
meurent de faim ou de négligences dans les jours qui suivent la bataille.
Conséquences
Les Français prirent Moscou (à
125 km) le 14 septembre. Le soir même, d’immenses incendies ravagent la ville.
Les derniers feux seront éteints le 20 septembre au soir. Moscou,
essentiellement construite en bois, est presque entièrement détruite. Privés de
quartiers d’hiver et sans avoir reçu la capitulation russe, les Français sont
obligés de quitter la ville le 18 octobre pour entamer une retraite
catastrophique.
La bataille de la Moskova est
considérée comme une victoire tactique française. Elle ouvre la voie de Moscou
à Napoléon. Les pertes françaises, quoique très importantes, restent
inférieures au nombre de morts et blessés russes.
Bien que la bataille ait été
vue comme une victoire pour Napoléon, des historiens contemporains considèrent
Borodino comme une victoire à la Pyrrhus6. Murat et le vice-roi Eugène de
Beauharnais, cités par Philippe de Ségur dans son Histoire de la Grande-Armée
pendant l’année 1812, font état de l’inertie et de l’indécision de Napoléon
pendant cette bataille, comme si son génie en avait été absent. En fait,
l’Empereur avait souffert d’une fièvre et de douleurs qui, en affectant sa
santé, l’avaient privé de ses facultés habituelles de stratège extraordinaire.
L’Empire russe a aussi
revendiqué la victoire, les troupes s’étant repliées en bon ordre. La Russie
affirma sa revendication sur la victoire en nommant une classe de cuirassé
classe Borodino à la fin du XIXe siècle. En 1949, l’URSS fonda la ville de
Borodino dans le kraï de Krasnoïarsk.
Notes préparatoires de Julien Le Blant
L’Enlèvement de la redoute est également une courte nouvelle de Prosper Mérimée, publiée en septembre 1829 dans La Revue française. Il s’agit de l’évocation d’une surprenante densité de la prise de la redoute de Chevardino ou Schewardino (dans sa nouvelle, Mérimée écrit Cheverino), qui eut lieu le 5 septembre 1812, deux jours avant la bataille de Borodino. La source de cette nouvelle aurait été inspirée à Prosper Mérimée par le témoignage oral d’un lieutenant. La nouvelle donne une image peu reluisante de la guerre.
La Librairie des Bibliophiles réédite La Mosaïque en 1887 avec un dessin de Le Blant pour illustrer L’Enlèvement de la redoute.
Du 17 novembre 2018 au 20 janvier 2019, les soldats de la division marocaine de Julien Le Blant sont exposés au Theodor-Zink-Museum (musée de la ville de Kaiserslautern) dans le cadre d’une exposition sur la fin de la première guerre et la présence des troupes alliées dans cette région.
cof
En 2014, Julien Le Blant a été exposé à la Maison Ravier à Morestel en Isère du 6 juillet au 11 novembre dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Guerre.
La Maison Ravier a proposé une exposition inédite autour
de l’amitié du peintre François Guiguet de Julien Le Blant pendant les quatre
années de guerre.
Chemins de fer et Première Guerre mondiale
La gare et les soldats qui y passent ont inspiré les
artistes. Dans le cadre de la célébration du centenaire de la Première Guerre
mondiale, des dessins réalisés par Julien Le Blant, ont été présentés lors du
colloque « Gare en guerre, 1914-1918 »
à la Mairie du 10e arrondissement du 3 au 5 septembre 2014.
Le Blant –
Steinlen … une certaine parenté pour ne pas dire une parenté certaine !
En 2010, des dessins de poilus de Julien Le Blant étaient exposés pour la première fois depuis près d’un siècle au Château de St-Maurice en Suisse dans le cadre de « Carnets de Voyage ».
Peintre remarqué lors du salon annuel de peinture, Julien
Le Blant était un invité des salons mondains organisés par des femmes cultivées
de la fin du XIXe siècle. Deux de ces salons ont été réputés par la qualité des
personnalités qui les ont fréquentés : celui de la princesse Mathilde, cousine
de l’empereur Napoléon III et celui de l’artiste peintre Madeleine Lemaire,
tante de Julien Le Blant.
Ces dames avaient coutume d’utiliser un éventail comme
livre d’or.
Sur ces éventails, la signature de Julien Le Blant
côtoie, entre autres, celles de Degas, Bonnat, Forain, Detaille, Dumas, Gounod
ou Maupassant.
Un dessin de chouan de Le Blant sur l’éventail de la princesse Mathilde
Proche des frères Menier
Julien Le Blant gagne très bien
sa vie. Il fréquente les hommes politiques et les industriels comme les frères
Menier, qui ont fait fortune dans la chocolaterie. Il est invité dans leur
pavillon de chasse de Villers-Cotterêts et sur le Velleda, leur yacht de
croisière.
Le yacht de M. Menier est en
Méditerranée, à destination d’Alexandrie, ayant à son bord son propriétaire et
deux amis, au nombre desquels le peintre Julien Le Blant. (Le
Figaro 9 mai 1888)
Le Velleda, steam-yacht d’Henri Menier,
est l’un des trois plus grands de la flottille de plaisance du moment. Il est capable,
grâce à sa voilure, de filer 14 nœuds. C’est aussi le premier yacht français à
avoir « tâté de la banquise » en juillet 1886. Les 330 tonnes de charbon
stockés dans les soutes lui garantissent trente-cinq jours de marche sous
vapeur sans ravitailler, ce qui l’autorise à accomplir les plus grandes
traversées du globe. Il est muni de tous les perfectionnements les plus
nouveaux, machines à gouverner, machine et ventilateurs électriques, machines
réfrigérantes et chambres froides pour la conservation des viandes fraîches et
denrées périssables. Le Velléda, avec ses emménagements où le luxe le dispute
au confort, est le yacht type de grandes croisières de cette fin de siècle.
Amateur photographe très éclairé, Henri
Menier réunit un lot de 600 vues de paysages hyperboréens et des côtes du
Spitzberg. Cette collection unique à l’époque lui vaut une médaille d’argent à
l’Exposition universelle de 1889.
En 1895, il achète même l’île
d’Anticosti dans le golfe du Saint-Laurent au Canada pour en faire une réserve
privée de chasse et de pêche et y fonde Port-Menier. En avril 1913, il acquiert
le domaine et le château de Chenonceau.