LE COMBAT DE FÈRE-CHAMPENOISE

Huile sur toile 260 x 380 cm

Présenté au salon 1886, hors concours et acheté par l’Etat. Ce tableau a pris place pendant quelques années dans le salon précédant le cabinet du président de la République avant d’être transféré en 1908 au musée de Troyes.

Localisation actuelle : Musée de Troyes

Sujet

La bataille de Fère-Champenoise qui s’est déroulée le 25 mars 1814 a opposé l’armée française de Napoléon Ier et les armées de la Sixième Coalition durant la campagne de France (1814). La bataille se solde par la défaite de l’armée française et ouvre aux troupes alliées la route de Paris.

Les Français se réorganisent

L’épisode raconté dans le tableau se déroule le 25 mars vers 14h30. L’armée française poursuit sa retraite. La cavalerie ennemie est à son tour stoppée par le ravin, ce qui fait gagner un peu de temps aux Français et leur permet de se réorganiser. Mais déjà la cavalerie de Pahlen débouche sur la gauche par Normée sur Fère-Champenoise et celle du Grand-duc déborde sur la droite par Vaurefroy. Une nouvelle charge sur le centre de la ligne désorganise l’armée française, qui ne forme plus qu’une immense colonne de carrés le long de la route autour de laquelle tournoient les cavaliers autrichiens et russes. La cavalerie française, totalement désorganisée est en partie au milieu des carrés français, en partie débandée en arrière de Fère-Champenoise où elle tente de se reformer. À ce moment, le 9e régiment de marche du colonel Leclerc (division Noizet) débouche de Fère-Champenoise, et par une charge vigoureuse parvient à dégager la colonne française. Les cavaliers ennemis se replient pour reformer leurs lignes.

Le 25, à six heures du matin, le maréchal Mortier, remonta la rive gauche de la Somme-Soude avec son avant-garde tandis que trois divisions de la garde se portaient sur Soudé-Notre-Dame. Le même jour, eut lieu le combat de la Fère-Champenoise, combat des plus malheureux, et qui fit craindre un instant la destruction entière de l’armée.

La charge de la cavalerie russe

L’engagement durait depuis sept heures du matin, et les maréchaux Mortier et Marmont se flattaient de gagner les hauteurs de la Fère-Champenoise en combattant, lorsqu’une affreuse giboulée vint augmenter l’embarras du mouvement rétrograde sur Connantray. La cavalerie russe, favorisée par cette averse qui fouettait le front de la ligne française, chargea les cuirassiers à peine reformés, les culbuta sur l’infanterie, et leur enleva deux pièces d’artillerie. Les divisions de la jeune garde n’eurent que le temps de se former en carrés; deux de la brigade Jamin furent sabrés et le général pris; ceux de la brigade Le Capitaine perdirent leur artillerie, et souffrirent beaucoup sans avoir été entamés. Pour surcroit de malheur, l’orage grossissait; il grêlait avec violence, aucune amorce ne prenait, et l’on ne pouvait faire usage que de la baïonnette. Dans cet horrible désordre, l’on ne se distinguait plus à trois pas, et deux fois les maréchaux se refugièrent dans les carrés/ pour ne pas être entraînés par les fuyards. Heureusement le temps peu à peu s’éclaircit; la bonne contenance des divisions Ricard et Christiani, de la garde, aux extrémités de la ligne, donna le temps à la cavalerie de passer le ravin de Connantray, et de se reformer de l’autre côté. A peine l’armée française fut-elle ralliée derrière Connantray, qu’où aperçut déboucher du ravin quelques coureurs, par l’effet du désordre qui existait depuis le commencement de l’action. Loin de chercher à les arrêter, artillerie, cavalerie, infanterie, tout s’enfuit pêle-mêle dans la direction de la Fère – Champenoise. La déroute était sur le point d’être complète, lorsqu’un renfort inespéré sauva l’armée.

Le 9e régiment de grosse cavalerie, commandé par le colonel Leclerc, déboucha de la Fère-Champenoise, au même moment où les troupes le traversaient. Sans hésiter, il marcha à la rencontre des escadrons légers des alliés, leur en imposa par sa fermeté, et facilita aux maréchaux le moyen de rallier leurs troupes sur les hauteurs de Lirthes.

Le sacrifice de Pacthod

Pendant que se déroulait cette scène pénible et désastreuse, à quelque distance avait aussi lieu une autre action, bien différente et digne de faire date dans l’histoire. Le général Pacthod se trouvait placé, à la tête d’un corps de 4,000 gardes nationaux de Sens et Montereau et de jeunes soldats à peine exercés au maniement des armes. Il soutint pendant six heures un combat sanglant à la Fère-Champenoise ce 25 mars. Ses six carrés de soldats en sabots et chapeaux furent accablés par les charges répétées de 20’000 cavaliers et les tirs d’artillerie de 100 canons des armées russe et prussienne. Ces nouveaux « Spartiates » assaillis de toutes parts, ces braves, désespérant de vaincre, voulurent du moins mourir avec honneur. Les deux souverains alliés, témoins de cette défense héroïque, convainquirent Pacthod, blessé au bras, et les 1400 soldats survivants de se rendre. Pacthod fut libéré en avril, après la chute de l’Empire.

Le tableau au salon de 1886

« Le « Combat de Fère-Champenoise », de M. Le Blant, est un épisode seulement de la grande bataille livrée par les généraux Mortier et Marmont aux armées coalisées. Quelques milliers de gardes nationaux commandés par le brave Pacthod, rompus par l’artillerie prussienne, sabrés par la cavalerie russe, poussés dans les marais de Saint-Gond, opposent à toutes les sommations un refus obstiné. Ce n’est pas un sauve-qui-peut terrible à comme Waterloo, mais un duel tenace et sans merci où les vieilles moustaches de Fleurus, de Quiberon, d’Héliopolis et d’Arcole se sentent le coude une dernière fois. De leurs carrés sans cesse disloqués sans cesse reformés monte comme une clameur héroïque, faite de mille cris stoïques de ces vaincus, de leurs jurons scandant les parades ou les ripostes et du cliquetis des baïonnettes gue les lances cosaques. Il se dégage de tout le tableau une impression pénible, mais vraiment forte. » (Annales politiques et littéraires du 30 mai) 

« M. Le Blant, qui a toutes les qualités de l’historien, l’exactitude, l’impartialité, un sentiment juste des temps et enfin je ne sais quoi, dans son style, de simple, de sobre, d’austère et de fort, M. Le Blant nous ramène en 1814, après Brienne, après Champaubert, après Montmirail, après Château-Thierry, quand l’Empereur, pour employer un mot sublime de Lacordaire, n’appelait plus à son aide « que des Victoires blessées à mort ». Une colonne de paysans bretons non encore équipés, que la gendarmerie lance sur les Cosaques, tel est le sujet de la savante composition de M. Le Blant. » (Lettres et Arts)

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