EXPO UNIVERSELLE DE CHICAGO 1893

Le Blant invité à représenter la France

À cette époque où les impressionnistes sont bien installés et où l’art nouveau émerge, Julien Le Blant est encore sélectionné pour représenter la France. Il présente son dernier tableau : Le Retour du Régiment et le catalogue officiel est élogieux à son sujet dans son chapitre consacré à l’art de la France.

L’exposition universelle de 1893, officiellement Columbian World’s Fair ou World Columbian Exposition, aussi connue comme la foire mondiale de Chicago, est une exposition universelle qui se tient du 1er mai 1893 au 3 octobre 1893 à Chicago dans l’Illinois. Elle a lieu pour le 400e anniversaire de l’arrivée de l’explorateur Christophe Colomb dans le Nouveau Monde. L’exposition attira 27 millions de visiteurs en 1893.

Plusieurs grandes villes américaines sont candidates pour accueillir l’exposition, mais Chicago bat sans mal ses trois principales rivales, qui sont New York, Washington D.C., et Saint-Louis dans le Missouri. La foire a un effet novateur sur l’architecture de Chicago, les arts, et l’industrie américaine. L’exposition est en grande partie conçue par l’architecte et directeur des travaux Daniel Burnham et le paysagiste Frederick Law Olmsted. Elle est conçue pour suivre les principes conceptionnels des Beaux-arts, à savoir les principes d’architecture classique européenne basés sur la symétrie et l’équilibre.

L’exposition s’étend sur un territoire de 2,4 km2, comprenant près de 200 nouveaux bâtiments de style architecture classique, ainsi que des parcs, des canaux et des lagunes. Plus de 27 millions de personnes (l’équivalent d’environ la moitié de la population américaine à l’époque) participent à l’exposition au cours des six mois d’ouverture. Son ampleur et sa grandeur de loin dépassent les autres foires mondiales, et elle est devenue un symbole de l’émergence de l’American exceptionalism, de la même manière que l’Exposition universelle de 1851 est devenue un symbole de l’époque victorienne au Royaume-Uni. Elias Disney, le père de Walt contribue à la construction de certains bâtiments de la foire.

Le directeur de l’Académie américaine de Rome, Francis David Millet, réalise de grandes fresques murales sur certains des bâtiments. En effet, l’exposition est un lieu privilégié pour les arts et l’architecture de la “Renaissance américaine”, et elle présente le foisonnement des styles néoclassique et Beaux-arts. Cela a mis à bas le développement de l’école de Chicago, et un retour au pastiche. Durant 20 ans, on a vu des gratte-ciels gothiques s’élever, choquant autant par leur anachronisme que par leur dépaysement géographique.

MÉDAILLE D’OR À L’EXPO UNIVERSELLE 1885

Exposition universelle Anvers 1885

L’Exposition universelle de 1885, également connue sous le nom de Wereldtentoonstelling van Antwerpen, est une Exposition internationale qui s’est tenue à Anvers, en Belgique, entre le 2 mai et 2 novembre 1885. Elle avait une superficie de 220 000 m2, a accueilli 3,5 millions de visiteurs. Il y a officiellement 25 nations à avoir participé, incluant : l’Allemagne, l’Autriche, le Canada, l’Empire ottoman, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, le Portugal, la Serbie, le Royaume de Roumanie, les États-Unis ainsi que plusieurs États d’Amérique du Sud.

L’événement a pris place 20 ans après l’accession de Léopold II au trône de Belgique, et la même année de la création de l’État indépendant du Congo, la foire fut la première à avoir eu un village congolais, élément qui a également été présent lors de l’Exposition internationale de Bruxelles de 18975. Elle fut aussi le lieu de présentation de la première montre 24h réalisée par Jean Joseph Lacoppe, un wallon né en 1840 à Stavelot et installé à Liège par la suite.

Médaille d’or et légion d’honneur pour Le Blant

Le 15 août 1885, Julien Le Blant est récompensé par une médaille de 1ère classe, pour son Bataillon Carré, présenté lors de cette exposition universelle d’Anvers. À la suite de cette distinction, le 29 décembre, il est fait chevalier de la Légion d’honneur à Paris 8e sur recommandation du peintre Ferdinand Heilbuth. 

LE SALON ET LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES

La Société des artistes français est une association loi de 1901 instaurée en 1881 par Jules Ferry, notamment pour gérer le Salon des artistes français, une exposition annuelle succédant au Salon de l’Académie des beaux-arts, héritière de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le 27 décembre 1880, Jules Ferry demande aux artistes admis une fois au Salon de constituer la Société des artistes français, héritière du Salon créé en 1663 par Colbert. En 1881, la Société des artistes français reçoit la mission d’organiser en lieu et place de l’État, l’exposition annuelle des Beaux-Arts. En 1883, le palais de l’Industrie est mis à disposition des artistes pour 1 franc symbolique.

Delacroix, Ingres, Manet, Rodin, Claudel, Bartholdi, Dufy, Picabia entre autres en furent sociétaires.

En 1881, elle prend le nom de Société des Artistes Français. L’Etat lui délègue le soin d’organiser une exposition annuelle des Beaux-Arts et la charge de s’administrer elle-même.

En 1883, un décret paru au journal officiel la déclare “d’Utilité Publique”.

Depuis 1901, le Salon a lieu tous les ans à Paris sous la nef du Grand Palais des Champs-Elysées qui a remplacé le Palais de l’Industrie démoli pour l’Exposition universelle de 1900.

La Société des Artistes Français existe toujours et compte plusieurs centaines d’adhérents auxquels s’ajoutent tous les ans plusieurs centaines d’exposants au moment du salon.

Salon de 1890

Julien Le Blant au comité

La Société des artistes français est composée d’un bureau élu par le comité. Les sociétaires élisent les membres du comité et un jury pour chaque section. Le jury est élu pour trois ans parmi les sociétaires médaillés d’or. Julien Le Blant est élu en 1891 comme membre du Comité.

En 1893 il est élu pour 3 ans comme membre du jury de peinture.

En 1899 il est élu comme membre du jury de peinture.

En 1900 il est élu comme membre du Comité.

Sous les présidences de 

1891 : Léon Bonnat

1896 : Édouard Detaille

1900 : Jean-Paul Laurens

1901 : William Bouguereau

Les médailles d’honneur, de 1re classe, 2e et 3e classe ont été instituées dans un souci d’encouragement aux artistes et sont attribuées par le jury pendant chaque Salon dans les cinq sections : peinture, sculpture, gravure, architecture, photographie. Depuis 1946, elles deviennent des médailles d’or, argent et bronze. La médaille d’honneur récompense l’ensemble d’une œuvre.

Les médailles sont éditées par la Monnaie de Paris et gravée par des sociétaires graveurs en médailles.

En bas à gauche, “la mort du général d’Elbée” par Le Blant au salon de 1878.

Le salon officiel

Mais pourquoi ce fameux Salon attirait tant Julien Le Blant et ses condisciples au point de passer une partie de l’année à préparer une toile pour cet événement ? Les Salons ont connu pendant près d’un siècle, approximativement de 1750 à 1850, et surtout de la Restauration à la Troisième République, un véritable âge d’or.  Le Salon officiel était un des événements mondains les plus courus de la vie parisienne au 19e siècle. Il durait deux ou trois mois, cristallisait l’intérêt de l’opinion et attirait un immense public (500 000 entrées en 1876, 50 000 visiteurs certains dimanches). Les organisateurs recevaient pour cette exposition annuelle parfois plus de quatre mille œuvres dont la moitié était souvent refusée. Les tableaux étaient accrochés sur plusieurs niveaux et les meilleures pièces n’étaient pas forcément les mieux présentées. Des médailles étaient distribuées à la fin du salon par un personnage important, parfois le chef de l’état. Ce jeu des récompenses, mentions, médailles, décorations qui marquent tout au cours des Salons une carrière réussie, explique la place que les artistes lui accordent. Le tableau du Salon est la grande affaire, à lire Balzac et Zola, de la vie du peintre et son meilleur revenu. Avec Courbet, qui ouvre sa propre exposition en 1855, puis avec le Salon des Refusés en 1863, le Salon officiel et ses critères d’acceptation a été fortement remis en question. Pourtant le passage par cette manifestation semblait incontournable comme le disait Renoir à Durand-Ruel en 1881:

« Il y a dans Paris à peine quinze amateurs capables d’aimer un peintre sans le salon. Il y en a 80 000 qui n’achèteront même pas un nez si un peintre n’est pas au Salon. Voilà pourquoi j’envoie tous les ans deux portraits, si peu que ce soit. De plus, je ne veux pas tomber dans la manie de croire qu’une chose ou une autre est mauvaise suivant la place. En un mot, je ne veux pas perdre mon temps à en vouloir au Salon… »

LE SALON DES AQUARELLISTES

En 1882 le peintre est admis à la Société des Aquarellistes français, et participe à leur 4e exposition. Il présente quatre œuvres : Le Déjeuner, Les Réfractaires, L’Émigré et Les Vedettes. La cote du peintre est évidente puisque les tableaux ont été achetés avant l’exposition par Adolphe Beugniet, qui fut, avec Durand-Ruel et Georges Petit, l’un des principaux promoteurs de l’art moderne et notamment de quelques peintres impressionnistes.

L’émigré – catalogue du salon des Aquarellistes 1882

« Julien Leblant n’a envoyé que quatre tableaux ; mais quels tableaux ! Toute la vieille Vendée sauvage tous les chouans sont là sur leur rude terre bretonne. L’Émigré est très saisissant. C’est un noble auquel on ménage la fuite. Il est drapé dans un manteau sombre, comme dans la statue de Chateaubriand ; sa tête est baissée sous l’amertume. Quatre paysans armés l’accompagnent à travers un pays perdu, parmi les landes de genévriers qui avoisinent la mer. Un vent violent chasse l’émigré loin de ce rivage qu’il a tant aimé. Grande pensée, composition superbe. Et cette longue bande de Réfractaires vendéens que les soldats de la République poussent devant eux, comme les sbires du tzar chassent les convois de transportés en Sibérie ; comme c’est morne et beau ! » (L’Art populaire)

« Le débutant de cette année est M, Julien Le Blant, le peintre des Chouans. Ce jeune maître, de trente ans à peine, a fait une entrée triomphale. M. Julien Le Blant a visiblement soigné et travaillé les aquarelles envoyées rue de Sèze. Il a fait comme ces jeunes compagnons d’autrefois qui n’obtenaient de porter ce titre qu’après leur « chef-d’œuvre ». Les ouvrages qu’il expose sont.de véritables chefs-d’œuvre. Ses Soldats républicains conduisant des réfractaires bretons, sa Vedette vendéenne à cheval et son Emigré débarquant, par un vent terrible, accompagné par trois gars solides enfonçant contre le vent leurs chapeaux sur leur front têtu, font un superbe effet. On songe tout de suite au débarquement de Lantenac, dans le Quatrevingt-Treize de Victor Hugo, à l’aspect de ce bout de mer, si lumineux avec sa bande d’écume sous un ciel sinistre, à la vue de cette grève avec ces hommes debout allant fièrement au-devant du danger.

La Vedette, plantée dans une herbe verte et haute parsemée de fleurettes, rappelle, au contraire, arec ses larges braies, la silhouette hautaine de quelque cavalier de la vieille Gaule. Nous ne saurions trop louer la composition si curieuse, si nouvelle, vraiment trouvée, des Réfractaires. Ces hommes vus de dos, qu’escorte un détachement de fantassins, coiffés du feutre de grenadier ou du casque à chenille des chasseurs, et que regardent, avec une pitié touchante, deux pauvres femmes, forment un tableau d’une impression saisissante. Que dire du paysage, sinon qu’il est admirablement rendu, admirablement vrai, preuve, pour nous certaine, que M. Le Blant a rapporté de Bretagne ces études où il place ainsi les drames qu’il veut peindre ? En résumé, il y a, dans les aquarelles exposées par M. Le Blant, un tempérament personnel, un dessinateur de premier ordre et un coloriste d’une clarté séduisante. » (Le Panthéon de l’Industrie.)

Cour de ferme – aquarelle de Julien Le Blant.

Le salon des aquarellistes

« On est généralement porté à croire que l’exemple des peintres britanniques créant en 1804 la Society of painters in water colours, ou bien celui des aquarellistes belges associés à partir de 1866 durent amener quelques artistes parisiens à s’entendre pour fonder, en 1879, la Société d’aquarellistes français. Il n’en est rien cependant. Cette société a une autre origine. Fortuny fit un voyage en France vers 1867; il apportait d’Italie et d’Espagne un grand nombre d’aquarelles; familièrement, il les montra à un cercle de confrères réunis à la campagne, à Montmorency, et Vibert, Detaille, Worms, Lambert, Louis et Maurice Leloir admirèrent tout d’une voix, l’esprit, l’éclat, qui distinguent le talent du peintre espagnol. En même temps ils comprirent les ressources d’un art charmant mais délaissé parmi nous, auquel eux-mêmes n’avaient pas songé sérieusement encore. Le goût de la peinture à l’eau leur vint alors ; et comme ils étaient gens fort habiles, en peu de temps, sans beaucoup d’efforts préparatoires, sans beaucoup d’études spéciales, ils avaient pénétré les derniers secrets techniques du genre. Ils envoyèrent de leurs aquarelles au Salon. Mécontents de l’installation défectueuse des salles réservées aux dessins, ils prirent le parti de se concerter, et les bases de la Société des aquarellistes français ne tardèrent pas à être posées, examinées, arrêtées. La société fut créée au capital de 40 000 francs, pouvant être augmenté, divisé en vingt actions, et le nombre des sociétaires fixé à vingt, chacun devant posséder une action. L’exposition publique des aquarelles des sociétaires étant le but principal de la société, un article des statuts interdisait aux sociétaires d’exposer de leurs aquarelles ailleurs qu’au siège de la société sous aucun prétexte, dans aucune circonstance. En 1884 s’organisa pour la dernière fois l’exposition des aquarellistes français dans le local de la rue Laffitte, n° 46, trop étroit pour permettre le développement de la société ; mais aussitôt la galerie Petit, rue de Sèze, construite et agencée, la société se hâta d’en assurer la jouissance à ses expositions ; et, en même temps, porta à 80 000 F son capital et le nombre des membres titulaires à quarante. Supérieurement aménagées, toujours intéressantes par le choix des ouvrages qu’elles rassemblaient, riches en pièces hors de pair, les expositions de la société étaient très recherchées du public. On a vu cependant la société dévier de son but, et modifier son caractère spécial en admettant, à partir de l’exposition de 1884, d’autres ouvrages que des aquarelles. » (Olivier Merson.)

Un groupe fermé ?

La Société des aquarellistes français ouvre, ce soir pour les invités et demain pour le public, sa septième exposition à a galerie George Petit, 8, rue de Sèze. Partie d’une boutique de la rue Laffitte, la Société est devenue peu à peu une des associations artistiques les plus importantes de Paris; elle compte au nombre de ses membrés des peintres considérables : elle a tenu la curiosité publique en éveil par une série d’expositions plus ou moins bien venues, mais toujours curieuses, et s’il m’est arrivé parfois de guerroyer, contre les aquarellistes, c’est contre l’organisation défectueuse de leur Société que les attaques étaient dirigées: II m’avait semblé que la camaraderie tenait dans les admissions nouvelles une place plus large que l’esprit de justice et d’équité. Les vingt membres fondateurs de la Société paraissaient établir en principe l’étrange parti-pris de former un cercle privé d’où un caprice pouvait bannir des peintres doués et même des maîtres aquarellistes, sous prétexte qu’ils n’avaient pas l’agrément personnel de tel ou tel des fondateurs. Rien ne pouvait être plus grave pour la Société que ces agissements ; elle se condamnait par cela même à la monotonie de ses Salons dans le retour annuel des mêmes hommes et des mêmes notes d’art. Les expositions ne peuvent demeurer intéressantes qu’à la condition de nous apporter quelques surprises, la venue d’un maître nouveau ou l’éclosion d’un jeune talent inconnu, enfin, cet imprévu qui est la base de la vie tout entière et que les associations d’artistes ne peuvent pas dédaigner sans se condamner, à tourner éternellement dans le même cercle. La Société d’aquarellistes, je lui rends volontiers cette justice, s’est amendée depuis quelques années ; elle a, peu à peu, renoncé à son fâcheux exclusivisme ; elle a ouvert son sein à des membres nouveaux ; dans le groupe d’aquarellistes il y a peut-être quelques esprits enclins à une certaine autocratie, toujours fâcheuse dans les questions d’art; mais comme ce ne sont pas des imbéciles, ils ont fini par comprendre l’intention véritable du journaliste en qui, bien à tort, on a voulu voir un ennemi là où, en réalité, il n’était qu’un passionné de l’art; il prenait souci de l’Association des aquarellistes et de son avenir et rien que par esprit de justice, il combattait les abus d’un groupe de peintres et non leurs efforts, auxquels nous avons toujours applaudi. (Le Figaro 2 février 1885)

Une publication annuelle décidée en 1888

La Société des Aquarellistes français est aujourd’hui une institution. Elle compte dans son sein les artistes les plus divers et les plus raffinés. Elle tient dans les préoccupations du public et des amateurs la place d’un Salon; Salon plus discret, plus concentré que celui des Champs-Elysées, mais non moins intéressant.

Or, nous voulons fonder une publication annuelle sous le titre : Le Salon des Aquarellistes français.

Catalogue des Aquarellistes 1885

Cette publication contiendra une monographie humoristique et critique sur chaque peintre, par M. Eugène Montrosier, et la reproduction par la photogravure de plusieurs œuvres de chaque exposant.

La Société des Aquarellistes nous a accordé le privilège de cette publication, et tous nos efforts tendront à nous en rendre digne.

Le Salon des Aquarellistes français formera un charmant volume format in-8 colombier divisé en vingt fascicules contenant cinq ou six sujets en photogravure formant en-tête, planches hors texte, et culs-de- lampe. Nous apporterons la plus grande variété dans le choix et la distribution des sujets.

Avec le dernier fascicule, une très jolie couverture en fac-similé d’aquarelle sera offerte à tous les souscripteurs à l’ouvrage complet.

Couverture du catalogue 1888

L’exposition de février 1889

La Société dite d’aquarellistes français, inaugure aujourd’hui même sa onzième exposition. Les temps vont vite, car il nous semble que c’est hier à peine qu’on voyait poindre à l’horizon, dans un petit rez-de-chaussée de la rue Laffitte, cette association d’artistes qui était destinée à devenir une des plus brillantes. On peut dire que c’est la Société des aquarellistes français qui mit à la mode ces soirées d’ouverture où le tout Paris élégant se faisait gloire de se donner rendez-vous. Bientôt la rue Laffitte ne fut plus assez large pour contenir les affluences qui avaient à cœur d’augmenter l’éclat des « premières » des aquarellistes. On quitta le rez-de-chaussée du début et l’on passa rue de Sèze, où l’on élut domicile définitivement dans les brillantes galeries de M. Georges Petit. On se rappelle encore les soirées d’ouverture où, la grande salle de la rue de Sèze étant trop petite pour contente la foule, les curieux se pressaient sur les marches de l’escalier, attendant leur tour de voir… le dos de ceux qui avaient la rare bonne fortune d’approcher la cimaise. Le catalogue reste ce qu’il avait été dès le début, un joli livre, élégamment illustré, avec sur la couverture un cartouche style japonais, dont chacun voulait faire montre sur un guéridon de son salon. Aujourd’hui, comme les années passées, ce catalogue a tout ce qu’il faut pour flatter les amours-propres, Dès la première page on lit les noms des membres de la Société des aquarellistes, membres honoraires et membres titulaires. (Le Temps 3 février 1889)

Un déclin après 1900 ?

« On s’écrasait, l’autre jour, à l’inauguration du petit Salon des Aquarellistes. Il fallait prendre la file pour avoir le droit de regarder, une seconde, les cavaliers de Georges Scott, la Psyché, de Guillaume Dubufe, ou bien, encore, l’énigmatique Salomé, de Maurice Ray. Cette cohue est de règle aux Aquarellistes Français. C’est une habitude prise dès leur apparition, il y a un quart de siècle. Vibert et Detaille venaient de grouper les maîtres de l’aquarelle, et leur première exposition — qui réunissait des oeuvres de Gustave Doré, de Baron, de Français, d’isabey, d’Alphonse de Neuville, d’Eugène Lami, et dont Alexandre Dumas fils avait voulu se faire le parrain, — fut toute une révélation. Jamais nos peintres ne s’étaient montrés aussi à l’aise que dans ce genre de peinture léger et familier. Du premier coup, ils rivalisaient avec les artistes anglais, en verve, en limpidité et en invention aussi.  Ils avaient tout pour eux : l’imprévu, le relief, la couleur. Pendant quinze ans, les Aquarellistes semèrent des merveilles. Adrien Moreau, Emile Adan, Victor Gilbert, Julien Le Blant, leur apportèrent le renouveau d’un talent plein de sève ; Lhermitte et Duez (un maître charmant, trop tôt parti) leur donnèrent le meilleur d’eux-mêmes. Ce fut, pour l’aquarelle, une époque héroïque. Puis, l’œuvre du début, alerte et prime-sautière, fit place à l’œuvre «ficelée», travaillée comme une page de missel, chère aux bibliophiles et à ce genre d’amateur qui ne voit rien au delà du fini ou ne comprend le talent que s’il est, comme lui, tiré à quatre épingles. Aujourd’hui, l’aquarelle est quelque peu déchue ; mais on continue à lui faire fête. Combien sont-ils, ceux qui restent fidèles aux belles formules de jadis et qui, pour peindre une joue en fleur ou la dentelle d’un feuillage, n’empruntent pas au miniaturiste ses procédés longs et patients ? Dix ou douze au plus. » (Léon Plée – Les Annales politiques et littéraires – 5 mars 1905)

« Pendant quinze ans, les Aquarellistes semèrent des merveilles. Adrien Moreau, Emile Adan, Victor Gilbert, Julien Le Blant, leur apportèrent le renouveau d’un talent plein de sève ; Lhermitte et Duez (un maître charmant, trop tôt parti) leur donnèrent le meilleur d’eux-mêmes. Ce fut, pour l’aquarelle, une époque héroïque. Puis, l’œuvre du début, alerte et primesautière, fit place à l’œuvre ficelée, travaillée comme une page de missel, chère aux bibliophiles et à ce genre d’amateur qui ne voit rien au-delà du fini ou ne comprend le talent que s’il est, comme lui, tiré à quatre épingles. Aujourd’hui, l’aquarelle est quelque peu déchue ; mais on continue à lui faire fête. » (Les Annales politiques et littéraires – mars 1905)

LA MORT DU JULIEN LE BLANT

En début d’année 1936, la santé du vieux peintre devient de plus en plus chancelante et il est hospitalisé du 3 au 6 janvier 1936. Sa femme écrit à François Guiguet:

Tous ces temps-ci j’ai été tellement bouleversée que je n’ai pas eu le courage d’écrire. Mon mari est entré à la clinique vendredi et samedi on lui a fait une ponction. Il a été très courageux. Il n’a pas voulu qu’on l’endorme. Tout s’est admirablement passé. Nous sommes entrés à la maison hier lundi et aujourd’hui je devais changer le pansement, il n’y avait rien, de plus le trou s’est fermé. Il n’a pas eu un seul jour de la température, c’est vous dire, mon Cher Ami, combien je suis heureuse de ce résultat. Il peut reprendre sa vie à la condition de ne pas se fatiguer. » (Paris 8 janvier 1936)

« Mon Cher Ami,

Julien Le Blant meurt le vendredi 28 février à 11 heures, à son domicile Avenue Duquesne 13 à Paris.

Lieu de décès. Av. Duquesne 13 à Paris.
Acte de décès de Julien Le Blant

Le lundi 2 mars, la messe de sépulture a lieu en l’église St-Pierre du Gros-Caillou (92 rue St-Dominique)

Son inhumation a lieu au cimetière de Montmartre dans une sépulture sise 8 avenue du tunnel – 25ème division – 8ème ligne. Sur sa tombe figure cette plaque de marbre

Julien Le Blant ne repose pas au côté de sa mère, mais avec son grand-père Pierre-André Le Blant et son arrière-grand-mère Sabine Bourdot (ou Bourdon) veuve d’Edme François Le Blant (1765-1841). Le tombeau de famille a été édifié en 1856 et est aujourd’hui à l’abandon. La ville de Paris l’a exproprié et il sera vraisemblablement détruit.

Tombe du peintre
Registre du cimetière de Montmarte

Après la mort de Julien, Marie Le Blant avait envoyé cette lettre à leur ami le peintre Guiguet :

« Mon Cher Ami,

Jamais je ne saurai vous en vouloir, je sais trop combien vous êtes triste de la mort de mon pauvre Julien, car vous l’aimiez comme un frère, il vous le rendait. Il vous admirait en tout, il aimait chez vous votre art et l’ami délicieux que vous êtes. Je tiens à vous dire que je partage absolument ses sentiments. Quand vous viendrez à Paris je serai heureuse de vous revoir et de causer de ce Cher Ami. Il est mort dans mes bras ; sa dernière parole a été pour me dire « Ma petite Marie chérie ». Le docteur était près de moi et a tout fait, mais le cœur a flanché. Je lui ai fait un enterrement simple comme lui, j’ai voulu que cette cérémonie soit pour lui et non pour le public. Vous comprenez cher Ami mon sentiment. Il a eu beaucoup d’amis, et ceux qui n’ont pas pu venir l’ont suivi par la pensée jusqu’à sa dernière demeure. Lui qui aimait tant la lumière !!! il a eu un soleil si beau que j’étais heureuse pour lui.

Mon Cher Ami ; maintenant c’est fini, je vivrai de souvenirs et rien ne sera plus doux que de revoir des amis comme vous, qui ont aimé le grand Artiste si simple, et l’ami si bon, si droit et si captivant.

Recevez, Mon Cher Ami avec tous mes remerciements, mon affection la plus amicale. »

(Marie Le Blant – Paris, mars 1936)

Après la mort de son mari, Marie Le Blant retourne dans sa région natale du Sud-Ouest. Elle s’éteint à l’âge de 84 ans, à Bayonne le 18 décembre 1960.

Faire-part de décès.

MONDANITÉS

Du salon aux salons

Peintre remarqué lors du salon annuel de peinture, Julien Le Blant était un invité des salons mondains organisés par des femmes cultivées de la fin du XIXe siècle. Deux de ces salons ont été réputés par la qualité des personnalités qui les ont fréquentés : celui de la princesse Mathilde, cousine de l’empereur Napoléon III et celui de l’artiste peintre Madeleine Lemaire, tante de Julien Le Blant.

Ces dames avaient coutume d’utiliser un éventail comme livre d’or.

Sur ces éventails, la signature de Julien Le Blant côtoie, entre autres, celles de Degas, Bonnat, Forain, Detaille, Dumas, Gounod ou Maupassant.

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Un dessin de chouan de Le Blant sur l’éventail de la princesse Mathilde

Proche des frères Menier

Julien Le Blant gagne très bien sa vie. Il fréquente les hommes politiques et les industriels comme les frères Menier, qui ont fait fortune dans la chocolaterie. Il est invité dans leur pavillon de chasse de Villers-Cotterêts et sur le Velleda, leur yacht de croisière.

Le yacht de M. Menier est en Méditerranée, à destination d’Alexandrie, ayant à son bord son propriétaire et deux amis, au nombre desquels le peintre Julien Le Blant. (Le Figaro 9 mai 1888)

Le Velleda, steam-yacht d’Henri Menier, est l’un des trois plus grands de la flottille de plaisance du moment. Il est capable, grâce à sa voilure, de filer 14 nœuds. C’est aussi le premier yacht français à avoir « tâté de la banquise » en juillet 1886. Les 330 tonnes de charbon stockés dans les soutes lui garantissent trente-cinq jours de marche sous vapeur sans ravitailler, ce qui l’autorise à accomplir les plus grandes traversées du globe. Il est muni de tous les perfectionnements les plus nouveaux, machines à gouverner, machine et ventilateurs électriques, machines réfrigérantes et chambres froides pour la conservation des viandes fraîches et denrées périssables. Le Velléda, avec ses emménagements où le luxe le dispute au confort, est le yacht type de grandes croisières de cette fin de siècle.

Amateur photographe très éclairé, Henri Menier réunit un lot de 600 vues de paysages hyperboréens et des côtes du Spitzberg. Cette collection unique à l’époque lui vaut une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889.

En 1895, il achète même l’île d’Anticosti dans le golfe du Saint-Laurent au Canada pour en faire une réserve privée de chasse et de pêche et y fonde Port-Menier. En avril 1913, il acquiert le domaine et le château de Chenonceau.

DOMICILES

Domiciles de Julien Le Blant à Paris

Véritable peintre parisien, Julien Le Blant a toujours eu un domicile dans la capitale, même s’il a souvent passé une partie de l’année dans son manoir de Rholan en Corrèze.

Si quelques dates nous manquent, nous pouvons toutefois suivre son parcours grâce à quelques lettres et aux adresses mentionnées dans les catalogues d’expositions.

1. Rue Tronchet 4 (Naissance)

2. Rue du Luxembourg 41 (Actuelle rue Cambon- maison paternelle voisine des Lemaire)

3. Rue Leroux 7 (Maison paternelle 2e mariage)

4. Rue Clauzel 5 (1874 – 1877)

5. Rue de la Rochefoucauld (1877 -)

6. Av. de Trudaine 3 (chez M. Eliot) (1882)

7. Rue Pelouze 5 (1883 – 1893?)

8. Rue Guyot 32 (Actuelle rue Miromesnil) (1893 ? – )

9. Rue Caumartin 19 (1905 – )

10. Rue de la Tour 129 (1914 – ?)

11. Av. Duquesne 13 ( ? – 1936)