LE SALON DES AQUARELLISTES

En 1882 le peintre est admis à la Société des Aquarellistes français, et participe à leur 4e exposition. Il présente quatre œuvres : Le Déjeuner, Les Réfractaires, L’Émigré et Les Vedettes. La cote du peintre est évidente puisque les tableaux ont été achetés avant l’exposition par Adolphe Beugniet, qui fut, avec Durand-Ruel et Georges Petit, l’un des principaux promoteurs de l’art moderne et notamment de quelques peintres impressionnistes.

L’émigré – catalogue du salon des Aquarellistes 1882

« Julien Leblant n’a envoyé que quatre tableaux ; mais quels tableaux ! Toute la vieille Vendée sauvage tous les chouans sont là sur leur rude terre bretonne. L’Émigré est très saisissant. C’est un noble auquel on ménage la fuite. Il est drapé dans un manteau sombre, comme dans la statue de Chateaubriand ; sa tête est baissée sous l’amertume. Quatre paysans armés l’accompagnent à travers un pays perdu, parmi les landes de genévriers qui avoisinent la mer. Un vent violent chasse l’émigré loin de ce rivage qu’il a tant aimé. Grande pensée, composition superbe. Et cette longue bande de Réfractaires vendéens que les soldats de la République poussent devant eux, comme les sbires du tzar chassent les convois de transportés en Sibérie ; comme c’est morne et beau ! » (L’Art populaire)

« Le débutant de cette année est M, Julien Le Blant, le peintre des Chouans. Ce jeune maître, de trente ans à peine, a fait une entrée triomphale. M. Julien Le Blant a visiblement soigné et travaillé les aquarelles envoyées rue de Sèze. Il a fait comme ces jeunes compagnons d’autrefois qui n’obtenaient de porter ce titre qu’après leur « chef-d’œuvre ». Les ouvrages qu’il expose sont.de véritables chefs-d’œuvre. Ses Soldats républicains conduisant des réfractaires bretons, sa Vedette vendéenne à cheval et son Emigré débarquant, par un vent terrible, accompagné par trois gars solides enfonçant contre le vent leurs chapeaux sur leur front têtu, font un superbe effet. On songe tout de suite au débarquement de Lantenac, dans le Quatrevingt-Treize de Victor Hugo, à l’aspect de ce bout de mer, si lumineux avec sa bande d’écume sous un ciel sinistre, à la vue de cette grève avec ces hommes debout allant fièrement au-devant du danger. La Vedette, plantée dans une herbe verte et haute parsemée de fleurettes, rappelle, au contraire, arec ses larges braies, la silhouette hautaine de quelque cavalier de la vieille Gaule. Nous ne saurions trop louer la composition si curieuse, si nouvelle, vraiment trouvée, des Réfractaires. Ces hommes vus de dos, qu’escorte un détachement de fantassins, coiffés du feutre de grenadier ou du casque à chenille des chasseurs, et que regardent, avec une pitié touchante, deux pauvres femmes, forment un tableau d’une impression saisissante. Que dire du paysage, sinon qu’il est admirablement rendu, admirablement vrai, preuve, pour nous certaine, que M. Le Blant a rapporté de Bretagne ces études où il place ainsi les drames qu’il veut peindre ? En résumé, il y a, dans les aquarelles exposées par M. Le Blant, un tempérament personnel, un dessinateur de premier ordre et un coloriste d’une clarté séduisante. » (Le Panthéon de l’Industrie.)

Cour de ferme – aquarelle de Julien Le Blant.

Le salon des aquarellistes

« On est généralement porté à croire que l’exemple des peintres britanniques créant en 1804 la Society of painters in water colours, ou bien celui des aquarellistes belges associés à partir de 1866 durent amener quelques artistes parisiens à s’entendre pour fonder, en 1879, la Société d’aquarellistes français. Il n’en est rien cependant. Cette société a une autre origine. Fortuny fit un voyage en France vers 1867; il apportait d’Italie et d’Espagne un grand nombre d’aquarelles; familièrement, il les montra à un cercle de confrères réunis à la campagne, à Montmorency, et Vibert, Detaille, Worms, Lambert, Louis et Maurice Leloir admirèrent tout d’une voix, l’esprit, l’éclat, qui distinguent le talent du peintre espagnol. En même temps ils comprirent les ressources d’un art charmant mais délaissé parmi nous, auquel eux-mêmes n’avaient pas songé sérieusement encore. Le goût de la peinture à l’eau leur vint alors ; et comme ils étaient gens fort habiles, en peu de temps, sans beaucoup d’efforts préparatoires, sans beaucoup d’études spéciales, ils avaient pénétré les derniers secrets techniques du genre. Ils envoyèrent de leurs aquarelles au Salon. Mécontents de l’installation défectueuse des salles réservées aux dessins, ils prirent le parti de se concerter, et les bases de la Société des aquarellistes français ne tardèrent pas à être posées, examinées, arrêtées. La société fut créée au capital de 40 000 francs, pouvant être augmenté, divisé en vingt actions, et le nombre des sociétaires fixé à vingt, chacun devant posséder une action. L’exposition publique des aquarelles des sociétaires étant le but principal de la société, un article des statuts interdisait aux sociétaires d’exposer de leurs aquarelles ailleurs qu’au siège de la société sous aucun prétexte, dans aucune circonstance. En 1884 s’organisa pour la dernière fois l’exposition des aquarellistes français dans le local de la rue Laffitte, n° 46, trop étroit pour permettre le développement de la société ; mais aussitôt la galerie Petit, rue de Sèze, construite et agencée, la société se hâta d’en assurer la jouissance à ses expositions ; et, en même temps, porta à 80 000 F son capital et le nombre des membres titulaires à quarante. Supérieurement aménagées, toujours intéressantes par le choix des ouvrages qu’elles rassemblaient, riches en pièces hors de pair, les expositions de la société étaient très recherchées du public. On a vu cependant la société dévier de son but, et modifier son caractère spécial en admettant, à partir de l’exposition de 1884, d’autres ouvrages que des aquarelles. » (Olivier Merson.)

Une publication annuelle décidée en 1888

La Société des Aquarellistes français est aujourd’hui une institution. Elle compte dans son sein les artistes les plus divers et les plus raffinés. Elle tient dans les préoccupations du public et des amateurs la place d’un Salon; Salon plus discret, plus concentré que celui des Champs-Elysées, mais non moins intéressant.

Or, nous voulons fonder une publication annuelle sous le titre : Le Salon des Aquarellistes français.

Cette publication contiendra une monographie humoristique et critique sur chaque peintre, par M. Eugène Montrosier, et la reproduction par la photogravure de plusieurs œuvres de chaque exposant.

La Société des Aquarellistes nous a accordé le privilège de cette publication, et tous nos efforts tendront à nous en rendre digne.

Le Salon des Aquarellistes français formera un charmant volume format in-8 colombier divisé en vingt fascicules contenant cinq ou six sujets en photogravure formant en-tête, planches hors texte, et culs-de- lampe. Nous apporterons la plus grande variété dans le choix et la distribution des sujets.

Avec le dernier fascicule, une très jolie couverture en fac-similé d’aquarelle sera offerte à tous les souscripteurs à l’ouvrage complet.

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