En 1934 Julien Le Blant réalise ses toutes dernières œuvres à Semur-en-Auxois . L’artiste, fatigué et malade est pourtant toujours désireux d’expérimenter de nouvelles idées. À 84 ans, quelques mois avant sa mort, il rêve de vert et de violet.
[…] Oui, nous sommes à Semur depuis quelques jours et si, depuis ma rentrée à Paris en septembre de l’an dernier, j’ai si souvent rêvé de ce patelin, ce n’était pas une erreur de ma part. Je trouve Semur encore plus extraordinaire que dans mes souvenirs. On se promène dans des motifs sans nombre. Les officiels aussi bien que les privés. C’est un coin extraordinaire et si dans la nuit je me réveille, c’est pour penser à ce que j’ai vu et à me demander comment je m’y prendrai pour rendre un peu ce que j’ai vu, ou du moins essayer ; et alors adieu le sommeil, j’en ai jusqu’au lever du jour à me tourner et me retourner dans mon lit. Aussi, je suis fatigué. Il y a trop à faire. Et puis, je suis travaillé per l’idée d’attaquer plus grandement le ton local et au besoin exagérer l’entier de la couleur. Que ça donnera-t-il ? Dans mes vieux jours, je vois du vert et du violet, tout simplement et plus je regarde plus je suis persuadé que j’ai raison. […]
Julien Le Blant – Hôtel de la Côte d’Or – Semur, 1935


Plusieurs peintres majeurs – comme Van Gogh, Monet, Gauguin, Klimt, Seurat, Kirchner ou encore Vallotton – ont associé le vert et le violet pour créer des contrastes vibrants, exprimer des états émotionnels ou symboliser la tension entre nature (vert) et mystère/spiritualité (violet). Leur intention allait de l’harmonie visuelle à la suggestion de profondeur psychologique.

Van Gogh juxtapose des verts intenses avec des violets pour accentuer la vibration émotionnelle et traduire l’énergie de la nature.

Monet joue sur les reflets verts de la végétation et les nuances violettes de l’eau pour créer une atmosphère immersive et presque méditative.

Vallotton ne cherche pas la violence expressive mais une froideur calculée. Le vert et le violet deviennent des outils pour suggérer la distance émotionnelle, l’ironie ou l’inquiétante étrangeté.

Kirchner utilise le vert et le violet pour créer des contrastes violents et expressifs, souvent dans ses paysages alpins ou ses scènes urbaines, afin de traduire tension et énergie.
